Grippe A: c'est la pandémie

D.H. avec AFP

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L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé jeudi 11 juin son niveau d'alerte pandémique compte tenu de la propagation du virus A(H1N1) dans le monde, a indiqué le ministère suédois de la Santé. Cette décision annonce de facto la première pandémie de grippe du 21ème siècle. Le ministère suédois a expliqué dans un communiqué que la ministre de la Santé, Maria Larsson, allait tenir une conférence de presse "à la suite de la décision de l'OMS de relever son niveau de pandémie à 6 pour la grippe A(H1N1)". Le ministre écossais de la Santé Nicola Sturgeon a également indiqué à Edimbourg qu'une annonce dans la journée était "probable compte tenu des transmissions locales avérées" en Australie.

Phase d'alerte 6

L'OMS a convoqué son comité d'urgence en début d'après-midi pour étudier cette possibilité. Elle a enchaîné sur une réunion des responsables des missions diplomatiques pour les informer sur l'évolution de la situation. Ne laissant peu de doute sur ses intentions, la directrice de l'organisation basée à Genève, Margaret Chan, qui s'exprime rarement devant les journalistes, a convié une conférence de presse pour 16H00 GMT, comme elle l'avait fait lors des précédents changements de phase d'alerte.

28.000 malades

Alors que le virus d'origine porcine, aviaire et humaine affecte désormais 27.737 personnes dans 74 pays et fait 141 morts, la situation en Australie est semble-t-il à l'origine de la décision. Le numéro deux de l'OMS, Keiji Fukuda, avait reconnu mardi "une transmission locale" dans l'Etat de Victoria. Cinquième pays le plus touché au monde avec 1.263 cas, l'Australie a indiqué jeudi que quatre malades avaient été admis en soins intensifs.

Chili et Australie très touchés

Mais il n'est pas seul. Le Chili a vu le nombre de malades plus que tripler en deux jours, atteignant désormais 1.694 personnes. A Hong Kong, la fermeture des écoles primaires et les crèches a été ordonnée après la contamination de douze élèves par le virus. Et en Allemagne (78 cas répertoriés mercredi), 27 élèves d'une école japonaise de Düsseldorf (ouest) ont contracté la maladie.

Préparer l'annonce de la pandémie

Depuis dix jours déjà, l'OMS prépare activement le terrain à l'annonce de la pandémie. Mardi, Keiji Fukuda a reconnu que "nous (étions) vraiment très, très près" de la pandémie. Il a expliqué que l'organisation attendait pour cela des preuves que le virus, apparu fin mars au Mexique puis aux Etats-Unis, se propageait bien localement dans une région autre que le continent américain.

Eviter un mouvement de panique

Mercredi, l'OMS a convié les ministres de la Santé des huit pays les plus affectés à une téléconférence pour "voir s'ils (avaient) des preuves incontestables de transmission locale". Pour les experts, ces preuves existent déjà depuis un moment, mais l'OMS a décidé, sous la pression de ses membres, de prendre son temps pour préparer au mieux ses 193 membres et éviter un mouvement de panique qui serait, selon elle, injustifié.

Mortalité équivalente à la grippe saisonnière

"Passer en phase six signifie que la propagation (du virus) continue... mais ne signifie pas que la gravité de la maladie a augmenté", a insisté le Dr Fukuda. De fait, la mortalité du virus s'est révélée jusqu'à présent à peu près équivalente à celle de la grippe saisonnière (0,1%), en dehors du Mexique (0,4%), alors que celle de la grippe aviaire est de 60%. Mais le virus devrait muter et pourrait se combiner avec une souche plus virulente, ouvrant la voie à des scénarios beaucoup plus pessimistes, craint l'OMS. Malgré tout, l'organisation se veut rassurante, répétant à l'envie que le monde n'a jamais été aussi bien préparé à une pandémie de grippe.