Les Etats-Unis adoptent des mesures fortes contre les bonus

Thibaud Vadjoux

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Avec les scandales d'AIG et de Merryl Lynch sur les bonus touchés par leurs dirigeants, les Etats-Unis connaissent peut-être les pires dérives du capitalisme financier. Mais ils sont aussi devenus les plus réactifs et les plus sévères sur les bonus des dirigeants dont l'entreprise a bénéficié des fonds publics. De quoi faire gronder Wall Street.

Vendredi 21 mars - La dernière offensive est venue des députés qui ont adopté à une forte majorité à 328 voix contre 93 une proposition de loi créant un nouvel impôt taxant à 90% les bonus des dirigeants et cadres qui ont touchés plus de 250.000 dollars de salaires et dont l'entreprise a reçu au moins 5 milliards du gouvernement via le programme TARP (plan de relance américain). Si le Sénat vote cette loi, elle s'appliquera à ces entreprises dans cette situation depuis le 31 décembre 2008. Les agences hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, Citigroup, General Motors, Merrill Lynch ou encore l'assureur AIG sont directement visés.

Lundi 16 mars - Dès que le scandale AIG a éclaté, le président américain Barack Obama a promis "d'employer tous les moyens légaux" pour faire plier les dirigeants d'AIG. Ces derniers pourraient recevoir entre 165 et 218 millions de dollars de primes selon les dernières sources de presse. L'assureur mondial AIG a pourtant reçu près de 170 milliards de dollars de l'Etat depuis le début de la crise et a ainsi pu être sauvé de la faillite. La situation reste très périlleuse pour l'assureur qui accuse une perte annuelle de près de 1 milliard de dollars.

Un tel scandale avait déjà eu lieu en décembre 2008 lorsque la banque d'affaire Merrill Lynch avait versé 2,5 milliards de bonus à ses dirigeants juste avant de se faire racheter par Bank Of America. En pleine crise économique et sociale, le président américain ne peut donc pas se permettre de laisser passer une nouvelle fois un tel comportement.

Mardi 10 février - Le dernier plan de relance de 838 milliards de dollars adopté par le Sénat inclut une mesure de dernière minute qui prévoit de limiter à un tiers la part des bonus dans la rémunération annuelle totale des dirigeants dont l'entreprise reçoit des fonds publics. Cette disposition qui s'applique aux opérations actuelles, s'avère encore plus sévère que celle de Barack Obama de plafonner les salaires car la part variable des rémunérations des dirigeants des banques est souvent énorme par rapport au salaire fixe.

Mercredi 4 février - Une des premières décisions prises par le président américain a été le plafonnement du salaire des dirigeants des entreprises sous perfusion de l'argent public, à 500.000 dollars annuels. Cet acte a, dès le début du mandat de Barack Obama, imprimé la marque du président, décidé à partir en croisade contre les abus des grands dirigeants. "Shameful" (Honteux!) a qualifié le nouveau locataire de la Maison-Blanche le comportement des financiers de Wall Street ayant empoché 18 milliards de bonus en 2008. "Nous demandons à ces entreprises de prendre leurs responsabilités, de reconnaître la nature de la crise et leur rôle dans celle-ci", a t-il déclaré à la presse.

Le plafond de 500.000 dollars englobe toutes les formes de rémunérations (stock options, bonus, golden parachutes…) à une exception près. Les patrons auront le droit de conserver leurs actions mais ne pourront les vendre avant que les prêts publics soient entièrement remboursés.

Vendredi 30 janvier - La sénatrice démocrate Claire McCaskill a, elle, proposé de fixer le plafond des rémunérations à 400.000 dollars soit le salaire du président américain.