Convoqués, grondés... punis?

E.M. avec AFP

— 

L'addition des restaurateurs ne diminue pas, malgré les promesses de la profession suite à la baisse de la TVA. Les prix sont restés stables, selon l'Insee si bien que Bercy convoque ce mercredi les neuf syndicats de restaurateurs pour exiger des explications. Selon l'Institut de statistiques, les prix dans les restaurants n'ont pas bougé en septembre, alors que dans le même temps, ceux à la consommation ont diminué de 0,2%.

Le cumul de la baisse intervenue en juillet (-1,3%), et celle d'août (-0,2%), reste loin de l'objectif d'une diminution globale des prix de 3% retenue par le gouvernement et les professionnels.

La présidente de l'Umih, principal syndicat de restaurateurs, Christine Pujol, va faire passer le message à ces adhérents. Elle a estimé mercredi qu'il y avait "une menace réelle de perdre la TVA à taux réduit" dans le secteur, à l'issue de la réunion à Bercy, tout en reconnaissant que cette menace n'avait pas été clairement évoquée lors de cette réunion.

"Certains professionnels, et je le déplore haut et fort, n'ont pas joué le jeu (de la baisse des prix, NDLR) et c'est dommage parce qu'il y a une menace réelle de perdre cette baisse de la TVA", a déclaré Mme Pujol. "Le ministre nous a fortement conseillé de nous mobiliser davantage (auprès des restaurateurs, NDLR), c'est ce que nous allons faire", a-t-elle ajouté.

"Faire le point"

"Cela m'a déterminé à les (les syndicats de restaurateurs, NDLR) faire venir rapidement", a expliqué M. Novelli, pour "faire le point" sur la baisse des prix mais aussi sur les autres engagements de la profession sur les salaires et la mise en place d'une mutuelle pour les frais de santé des salariés.

En contrepartie de l'abaissement de la TVA de 19,6 à 5,5% dans la restauration (sauf les alcools), les syndicats professionnels s'étaient engagés à baisser les prix (-11,8% sur une sélection de produits, soit une baisse globale de 3%) à ouvrir des négociations sur les conditions d'emploi (salaires, mutuelle, etc.), à embaucher (20.000 emplois pérennes et autant d'apprentis sur deux ans), et à moderniser leurs établissements.

"Le compte n'y est pas"

"Trois mois après le début de la mesure, le compte n'y est pas", a insisté M. Novelli.

Les enquêtes de Bercy et des associations de consommateurs montrent qu'un restaurateur sur deux a baissé les prix, souvent moins que promis cependant. Les chaînes de restauration, plus mobilisées que les indépendants, affichent en revanche, selon plusieurs sources, des baisses en moyenne de 4 à 5%.

Le secrétaire d'Etat reconnaît que demander à des dizaines de milliers de restaurateurs "indépendants" de baisser les prix n'est pas évident mais il souligne qu'une partie des engagements dépend directement des organisations patronales signataires.

"Si les restaurateurs sont autonomes, les organisations professionnelles sont responsables", a-t-il déclaré.

"Pas concernés par les contreparties"

Christine Pujol, présidente du principal syndicat de restaurateurs (Umih) rappelle que la baisse de la TVA était "la fin d'une injustice fiscale" et qu'à ce titre de nombreux restaurateurs ne se sentent pas concernés par les contreparties. En outre, certains prix d'achat ont augmenté et "sans que cela soit répercuté", a-t-elle encore expliqué.

Déception

Président de la CPIH, l'un des syndicats de restaurateurs très implanté en province, Jean-François Girault ne cache pas sa "déception" face à une profession "qui n'a pas su jouer collectif".

Le secteur est toujours en crise, souligne-t-il, avec "des baisses d'activité de 10 voire 15% dans certains restaurants, mais il y a des collègues qui auraient pu baisser les prix et ne l'ont pas fait".

Les salaires ne bougent pas

Sur les salaires, les négociations sont au point mort. Trois syndicats de salariés (CFTC, CGT et FO) ont fait valoir en juillet leur droit d'opposition à un accord accepté par la CFDT et la CFE-CGC, qui prévoyait une augmentation moyenne de 5,6% (soit 8,88 euros brut/heure), mettant le minimum conventionnel au-dessus du Smic. Aucune date n'a encore été fixée pour la nouvelle réunion mixte paritaire.

La dernière réunion paritaire sur la mutuelle, fin juillet, a été enfin annulée par le patronat, en attendant des avancées sur le dossier des salaires jugé "prioritaire".