L'immobilier traverse une période trouble

Delphine Halgand avec AFP

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Sous l'effet de la crise financière, il est de plus en plus difficile d'obtenir un crédit pour acheter un logement. Conséquences: moins de transactions aboutissent et les vendeurs sont contraints de baisser leur prix. Les prix des logements anciens ont ainsi reculé de 2,9% au troisième trimestre 2008 par rapport au trimestre précédent où ils avaient alors augmenté de 0,9%, selon la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim). La tendance semble s'accentuer, puisqu'au cours du mois de septembre, les prix des logements anciens ont baissé de 3,2% par rapport au mois d'août. "On est obligé de constater une tendance baissière qui devrait se poursuivre au quatrième trimestre et en 2009", a reconnu René Pallincourt, le président de la Fnaim. Pour l'ensemble de 2008, l'organisme prédit désormais une baisse des prix des logements anciens "de 2 à 3%" par rapport à 2007 et de "10%" à la fin 2009, dans un marché où les transactions devraient reculer "de l'ordre de 10 à 15%."

Le marché de l'immobilier d'entreprise ne semble pas épargner par ce repli. Le montant global provisoire des investissements dans ce secteur en Ile-de-France pour les trois premiers trimestres 2008 a chuté de 64% par rapport à la même période en 2007, selon l'indicateur Immostat. Il serait ainsi passé de 17,6 milliards d'euros à 6,32 milliards.

Dépôts de bilan

Les entreprises de l'immobilier et de la construction subissent de plein fouet les conséquences de la crise. Ces deux secteurs "comptent à eux seuls pour 30% de l'ensemble des défaillances d'entreprises et ils enregistrent les plus fortes progressions de dépôts de bilan, estime l'assureur crédit Euler-Hermès SFAC. Cette tendance "se constate à tous les stades de la filière de la construction (terrassement, construction de maisons individuelles, gros œuvre, second œuvre, travaux de finition)." Parallèlement, "le repli des transactions immobilières accélère le nombre de dépôts de bilan des agences immobilières, de promoteurs et de marchands de bien (+36,7% au premier semestre 2008 par rapport à 2007)."

"180.000 salariés" menacés

Dans ce contexte, les annonces de suppression de postes par des promoteurs se comprennent. Mercredi 8 octobre, Kaufman et Broad confirmait 166 suppressions de postes. Le lendemain, Nexity en annonçait 500 et vendredi Céléos, 247. "Environ 180.000 salariés sont donc menacés de se retrouver au chômage", estime Alain Dinin, le PDG de Nexity, dans une interview au Monde daté vendredi 10 octobre.

Le marché locatif s'inverse

Même si les propriétaires-bailleurs ne sont pas directement touchés par la crise de l'immobilier, le marché locatif "s'inverse", explique Jean Perrin, président de l'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI). "Avant, c'étaient des locataires qui ne trouvaient pas de propriétaires, maintenant ce sont des propriétaires qui ne trouvent pas de locataires, sauf dans les villes tendues, comme Paris". Pour lui, "ce mouvement a commencé il y a un an, avec les logements 'Robien' (mesure fiscale en faveur de l'investissement locatif) qui n'arrivaient plus à se louer. Cela entraîne une baisse des loyers. Ce renversement est dû, premièrement, au fait qu'on a construit beaucoup - cela a déséquilibré le marché. Et, deuxièmement, il y a une clientèle de plus en plus insolvable. Les revenus des Français n'ont pas suivi les hausses des prix."