L'économie de la Guadeloupe ne sortira pas indemne de la grève

Delphine Halgand avec AFP

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"L'économie fonctionne normalement", déclare le comité du tourisme des îles de Guadeloupe (CTIG) dans un communiqué publié le 2 mars. "L'aéroport est ouvert, tous les vols sont assurés.(…) Les stations-service sont ouvertes. Les centres commerciaux sont ouverts. Les liaisons maritimes entre les îles fonctionnent. La circulation est libre. Les écoles rouvrent demain", précise le CTIG.

Mais la plus longue grève générale (43 jours) que connaissent les Antilles devrait laisser des traces dans l'économie guadeloupéenne. La fin de la grève générale est encore incertaine, mais le Medef est déjà alarmiste. Les dépôts de bilan de nombreuses entreprises devraient se traduire par 10.000 à 14.000 suppressions d'emplois" affirme le président du Medef-Guadeloupe Willy Angèle. Ce dernier craint ainsi que "le taux de chômage ne passe de 23% à plus de 30%".

Selon une note réalisée pour le Medef-Guadeloupe par le cabinet Jean Fournier consultant et partners, citée par l'AFP, le nombre de demandeurs d'emploi pourrait passer de "40.000 soit 23,5 % de la population active" au 1er janvier, à "57.000 soit 33,5 % de la population active" fin 2009. Par ailleurs, plus de 900 entreprises pourraient être mises en redressement judiciaire et 543 en liquidation. La note évalue à "718 millions d’euros pour 2009" les pertes de valeur ajoutée des entreprises guadeloupéennes. Cette somme "résulte du cumul des pertes estimées conséquentes à la crise économique mondiale et à la suite de l’arrêt quasi-total de l’activité économique pendant un mois".

Le secteur du tourisme qui emploie directement près de 12.000 personnes est l'une des premières victimes de la grève. Le manque à gagner est estimé à 1 million d'euros par jour, selon le CTIG qui précise que 65% du chiffre d'affaires du secteur est réalisé en temps normal en haute saison (de janvier à avril). Le secteur est donc touché en plein cœur avec ces six semaines de grève en pleine saison touristique.

"Les hôtels et autres lieux d'hébergement (gîtes, bungalows, résidences de tourisme) fonctionnent normalement à l'exception du Club Méditerranée, du Paladien Manganao et de la Résidence Pierre et Vacances", explique le CTIG. "Les employés de ces grands établissements sont au chômage technique", précise Thierry Gargar, directeur du pôle tourisme CTIG.

Les hôtels ouverts sont, quant à eux, presque vides puisque les tour-opérateurs qui acheminent près de 60% des touristes n'ont toujours pas repris leurs voyages. "Les tour-opérateurs pourraient reprendre leurs activités vers le 15 mars ou à la fin du mois", estime Thierry Gargar. De nombreux hôteliers sont inquiets et se demandent s'ils ne vont pas devoir fermer leur établissement pour la basse saison en espérant pouvoir le rouvrir à la prochaine saison haute.