Toutes les victimes du scandale Madoff

Jocelyn Jovène avec agences

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L'affaire Madoff éclabousse BNP Paribas et Natixis. Les banques estiment à respectivement 350 millions d'euros et 450 millions d'euros le montant des pertes directes et indirectes suite au scandale financier lié au conseiller en investissements Bernard Madoff.

Ce dernier a été arrêté jeudi dernier et fait l'objet d'une plainte du gendarme boursier américain (SEC) pour une escroquerie, dont le montant est évalué à 50 milliards de dollars.

BNP Paribas précise que cette perte reflète l'exposition de ses activités de marché ainsi que le montant de prêts accordés à certains fonds qui ont investi dans les hedge funds gérés par la société de Bernard Madoff.

Natixis indique pour sa part n'avoir fait "aucun investissement pour compte propre dans les hedge funds gérés par Bernard Madoff Investment Securities". Elle estime néanmoins son exposition indirecte "maximale" à 450 millions d'euros, impact qui "dépendra à la fois du degré de recouvrement des actifs déposés au nom de Natixis et de l'issue des voies de recours notamment judiciaires dont dispose la banque dans cette affaire."

La banque franco-belge Dexia pourrait perdre 85 millions d'euros. Ses clients fortunés pourraient perdre pour leur part 78 millions, a annoncé la banque lundi soir 15 décembre dans un communiqué.

Société Générale, Crédit Agricole épargnées

De son côté, la Société Générale annonce dans un communiqué de presse que son exposition à Bernard Madoff Investment Securities LLC est inférieure à 10 millions d'euros. Crédit Agricole évoque également "une exposition inférieure à 10 millions d'euros". Pour la Caisse des Dépôt, celle-ci ne dépasse pas un million d'euros et Crédit Mutuel a déclaré mardi après-midi un risque maximal de 90 millions d'euros.

Axa avance une perte nette "bien inférieure" à 100 millions d'euros. L'assureur mutualiste Groupama a lui aussi une exposition nette de "moins de dix millions d'euros". CNP Assurance avoue une exposition indirecte de trois millions d'euros, mais aucune "exposition directe sur le fonds Madoff".

Contactée, la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, l'une des plus importantes sociétés de gestion indépendante en France, estime être exposée de manière indirecte à hauteur d'environ 40 millions d'euros. Son activité de multigestion n'est pas exposée. "La banque s'avère n'avoir réalisé aucun investissement pour compte propre dans ce fonds", ajoute la société dans un communiqué de presse.

L'AMF veille

Du côté de l'Autorité des marchés financiers, on veille avant tout à la bonne information du public. Le gendarme boursier a d'abord veillé à ce que les sociétéc cotées communiquent correctement sur leur exposition maximale à la fraude. L'AMF surveille aussi l'exposition de l'industrie de la gestion d'actifs.

"Depuis vendredi, nous avons pris contact avec une centaine de société de gestion", indique une porte-parole à E24. "Nous avons rappelé aux sociétés de gestion de veiller à la bonne information des porteurs de parts et à bien gérer la valorisation des OPCVM."

Espagne et Italie aussi

En Europe, l'espagnol Santander, deuxième banque d'Europe en terme de capitalisation boursière, a admis une perte de 2,33 milliards d'euros pour les clients de son fonds spéculatif "Optimal Strategic". Sa compatriote BBVA, deuxième banque d'Espagne, pourrait perdre jusqu'à 300 millions d'euros. Selon l'autorité espagnole des marchés, l'exposition directe des fonds d'investissement espagnols à la fraude présumée est de 106,9 millions d'euros.

En Italie, Unicredit annonce pour sa part une perte de 75 millions d'euros, et Banco Popolare avance une exposition "maximale" à 68 millions d'euros. UBI Banca se dit pour sa part exposée à hauteur d'un peu plus de 60 millions d'euros à la fraude.

"Pas touchés"

Deuxième victime de la fraude par l'importance des pertes, la banque autrichienne Medici qui annonce une exposition de 2,1 milliards de dollars soit 1,5 milliard d'euros.

En Allemagne, Deutsche Bank a annoncé n'avoir aucune exposition à la fraude. La deuxième banque du pays, Commerzbank, a refusé de livrer toute information. "Nous partons du principe que nous ne sommes pas touchés", a déclaré pour sa part un porte-parole de Postbank.

Fraude géante

Le bancassureur belge KBC a assuré n'avoir "pas d'exposition significative" à la fraude. Fortis Banque Belgique a une exposition seulement "marginale" à la fraude géante, a indiqué mardi un porte-parole, contrairement à son homologue aux Pays-Bas. La veille en effet, la banque néerlandaise Fortis a annoncé en revanche qu'elle risquait de perdre jusqu'à un milliard d'euros dans l'affaire Madoff.

L'ampleur du scandale financier touche de nombreuses institutions financières. La banque japonaise Nomura a fait ainsi état d'une perte de 302 millions de dollars, l'argentine BBV de 300 millions d'euros.

Un milliard pour HSBC

Royal Bank of Scotland (RBS) pourrait perdre jusqu'à 400 millions de livres sterling, soit environ 460 millions d'euros. Selon le Financial Times, la banque HSBC aurait perdu 1 milliard de dollars dans cette histoire. Son exposition porterait sur des prêts accordés à des clients de la banque ayant directement investi environ 500 millions de dollars dans les fonds gérés par la société de Bernard Madoff.

Touché également, le fonds d'investissement britannique Man Group qui annonce avoir investi 360 millions de dollars dans deux fonds gérés par Madoff: cette somme pourrait être intégralement perdue. La banque Lloyds TSB et l'assureur Royal & Sun Alliance ont déclaré ne pas être exposés à l'affaire et Barclays ne reconnaît qu'une exposition minimale.

En Suisse, les pertes pour la place financière pourraient s'élever à 5 milliards de francs suisses (3,2 milliards d'euros) selon le journal Le Temps. Les banques elles-même avancent leurs pertes: 645 millions d'euros notamment pour Union Bancaire Privée, qui investit dans les hedge funds. La société EIM Group, spécialisée dans les hedge funds, serait elle touchée à hauteur de 230 millions de dollars, selon la presse. UBS et Crédit Suisse ne seraient pas concernés. L'assureur helvétique Swiss Life a annoncé mardi avoir une exposition indirecte de 90 millions de francs suisses (57,2 millions d'euros) aux fonds de Bernard Madoff.

En Scandinavie, la banque la plus importante par sa capitalisation boursière, Nordea Bank, déclare une exposition de 48 millions d'euros. Et aux Etats-Unis, Fairfield Greenwich Group, qui avait des liens étroits avec Madoff, est la plus grosse victime de l'affaire avec 7,5 milliards de dollars de pertes potentielles, soit la moitié de ses actifs.

Des célébrités touchées

Mais il n'y a pas que les banques qui sont affectées par le scandale. Selon le Wall street Journal, la fondation du prix Nobel de la paix Elie Wiesel, ainsi que celle du réalisateur Steven Spielberg auraient perdu de grosses sommes d'argent, qui n'ont pour l'heure pas été chiffrées.

L'homme d'affaires Robert Zuckerman, propriétaire de la société immobilière Boston Properties et des quoditiens New York Daily News et U.S. News & World Report, aurait également placé une partie de sa fortune auprès de Bernard Madoff. D'autres riches hommes d'affaires et investisseurs particuliers font partie de la liste des victimes de Madoff.

Le principe de la fraude était relativement simple. Il remonte à un "schéma" inventé dans les années 20 par Charles Ponzi. C'est un schéma pyramidal où les performances promises et délivrées aux investisseurs sont assurées par l'argent confié par de nouveaux entrants. Ce système fonctionne tant que l'argent s'accumule et que les clients ne cherchent pas à sortir en masse.