Si on notait les entreprises autrement?

Anne-Sophie Galliano

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Après la crise financière, va-t-on continuer à noter les entreprises en fonction de critères exclusivement financiers? Ne faut-il pas inventer une nouvelle grille de lecture, comme la qualité de la gouvernance, le climat social, le respect de l'environnement? Les investisseurs ont besoin de porter un regard moins court-termistes et c'est précisément ce que proposent les agences de notation extra-financière.

Surtout que l'investissement socialement responsable (ISR) prend de l'ampleur ses dernières années: le marché européen est évalué à 2.665 milliards d'euros fin 2007 (+102% en deux ans), selon l'Eurosif. La création de fonds réservés au seul investissement responsable fleurit, la majorité des banques d'investissement ou des sociétés de gestion se targuent d'avoir un fonds éthique, Dexia tenant la première place en Europe.

Une troisième voie

Mais entre l'analyse purement financière et l'analyse extra-financière, la troisième voie, celle d'une approche globale regroupant les deux premières méthodes de notation, est-elle possible? Pascal Bello, directeur général de BMJ, spécialisé dans l'audit développement durable des entreprises, veut y croire. "La Global Value que nous proposons permet à nos clients de comprendre comment le développement durable sert la performance économique. Les deux modèles ne peuvent plus juste cohabiter, il faut les fusionner."

C'est déjà ce que fait Ofivalmo gestion: "Les gérants sélectionnent les entreprises au regard de leur performance financière mais aussi leur performance en développement durable." En clair, entre deux sociétés financièrement intéressantes, celle plus impliquée dans le développement durable sera retenue dans leur portefeuille.

Vers une décote en Bourse

Pascal Bello va même plus loin. "Une entreprise qui aurait une mauvaise note sur le développement durable pourrait se voir infliger une petite décote de son titre en Bourse." Pour en arriver à cela, et la France n'y est pas encore, il faudrait déjà s'entendre sur le système de notation des entreprises en termes de développement durable. "Il n'existe pas d'harmonisation des notes, les agences de notation extra-financière peuvent choisir leur propre modèle de notation", explique le DG de BMJ, qui a, lui, choisi la même expression de notation que les agences financières, Standard and Poor's ou Fitch, à savoir les lettres. Un choix critiqué par certains observateurs, qui craignent une grande confusion pour les investisseurs.

Chaque agence de notation extra-financière met donc en place sa propre méthodologie. Du coup la Commission européenne planche en ce moment sur l'harmonisation du modèle, et pourrait délivrer un label européen. Dans ce contexte il semble évident que l'indépendance de ladite agence de notation sera épluchée. Ce qui pourrait être un problème, surtout pour Vigeo, leader européen du secteur, qui a pour actionnaires ses propres clients. "Les entreprises ne peuvent pas détenir plus de 2% du capital du groupe, ensemble, elles détiennent 27,16% du capital. Les syndicats et ONG en détiennent 27,96% et les investisseurs et gestionnaires financiers 44,88%. Ce pluralisme des actionnaires est un facteur d'indépendance. Chaque collège a trois représentants au conseil d'administration aux cotés de cinq indépendants. Un conseil scientifique joue aussi un rôle de garde fou, quant au respect par Vigeo de sa méthode d'évaluation et de l'égalité de traitement des entreprises sous revue", défend Vigeo. Pourtant de l'aveu même d'un actionnaire de Vigeo, avoir des clients-actionnaires "n'est pas vraiment normal".