Pas de grippe pour les groupes pharmaceutiques

Julien Beauvieux

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Face à la menace d'une pandémie de grippe porcine, les groupes pharmaceutiques peuvent se frotter les mains. GlaxoSmithKline et Roche, qui ont développé les antiviraux Tamiflu et Relenza, pourraient voir leurs ventes repartir vigoureusement cette année, tandis que l'ensemble du secteur est prêt à se mobiliser pour développer un vaccin.

Pour le moment, l'utilisation de l'antiviral Tamiflu du suisse Roche et du Relenza du britannique GlaxoSmithKline, employés contre la grippe aviaire, sont recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Roche s'est déjà dit "prêt" à expédier dans le monde 3 millions de doses de Tamiflu, gracieusement offertes à l'OMS en 2006 et stockées en Suisse et aux Etats-Unis depuis lors. L'institution onusienne dispose par ailleurs de 2 millions de doses supplémentaires. Epicentre de la pandémie, le Mexique a de son côté reçu 100.000 packs de Relenza et 170.000 doses additionnelles de la part de GlaxoSmithKline.

En février dernier, Roche avait indiqué que plus de 220 millions de doses de Tamiflu étaient disponibles dans le monde. Un phénomène de stockage qui s'était progressivement ralenti et avait finalement débouché sur une nette contraction des ventes de ce type d'antiviraux. L'an dernier, Roche avait enregistré une baisse de 68% de ses ventes de Tamiflu, à 609 millions de francs suisses, due "à des commandes de reconstitution des stocks significativement réduites de la part des entreprises et des gouvernements". Même constat pour GlaxoSmithKline, dont les ventes de Relenza ont chuté de 80% en 2008, à 57 millions de livres l'an dernier.

En cas de propagation, les volumes nécessaires pourraient cependant dépasser les niveaux de stocks et relancer vigoureusement la demande. Les Bourses mondiales ont été douchées par les craintes de pandémie, mais les actions des grands groupes pharmaceutiques ont bondi dès les premiers échanges.

GlaxoSmithKline est ainsi en "discussion avec les autorités mexicaines pour déterminer si un approvisionnement complémentaire est nécessaire" et est "en train d'étudier comment augmenter sa production", précise GlaxoSmithKline dans un communiqué. De son côté, Roche "travaille actuellement pour savoir comment nous pouvons aider les Etats" touchés par le virus.

Outre les antiviraux de GlaxoSmithKline et Roche, le développement de vaccins devra être envisagé, comme lors de l'épidémie de grippe aviaire. Un porte-parole de Sanofi Pasteur, numéro un mondial des vaccins, a ainsi expliqué qu'un délai de quatre mois est nécessaire pour fabriquer un nouveau vaccin antigrippal. Outre le processus biologique incompressible, "la production de vaccin (est) possible dans la mesure où le virus est identifié", a expliqué Sanofi Pasteur. Le groupe a précisé ne pas avoir encore été sollicité par l'OMS à propos de l'épidémie de grippe porcine, mais s'est dit "prêt à travailler pour mettre au point un candidat vaccin".

De son côté, le suisse Novartis a indiqué avoir été contacté par l'OMS pour le développement d'un vaccin, mais qu'aucune décision n'avait pour l'heure été prise pour lancer son développement. Novartis explique qu'un délai de trois à six mois avait été calculé pour développer un vaccin contre la grippe aviaire. GlaxoSmithKline a pour sa part annoncé dans un communiqué partager "actuellement des données avec les gouvernements pour mieux comprendre ce nouveau virus" et avoir "les moyens de développer une gamme étendue de vaccins". Particulièrement virulents, les virus de la grippe de type A/H1N1 peuvent muter en très peu de temps. Le temps presse, et un juteux marché se profile pour les groupes pharmaceutiques.