Si les banques ne jouent pas le jeu...

Catherine Vincent

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Et si on lisait demain: J. Durant, artisan, a tué son banquier d'un coup de fusil ce matin. Drame de la vie quotidienne? Fait divers pour les journaux? Non: pure fiction. Mais qui pourrait devenir réalité dans la mesure où la grogne monte. "Les Français n'ont pas compris le plan de soutien du secteur bancaire. Ils ont eu l'impression que l'Etat a débloqué 360 milliards pour des banquiers qui continuent à les mettre sous pression", remarque un financier.

Une grogne populaire qui est remontée jusqu'aux oreilles de Nicolas Sarkozy. D'où son intervention, le 30 octobre dernier devant les banquiers, préfets et trésoriers-payeurs généraux (TPG). D'où la caisse de résonnance enclenchée les jours qui ont suivi avec René Ricol, médiateur du crédit, invité à dénoncer dans les médias, y compris à la télévision, "les exemples de restriction inacceptables de crédit" par les banques "dans chaque département". D'où le député UMP Claude Goasguen qui a souligné qu'il était "toujours possible" que l'Etat prenne des participations au capital des banques, si celles-ci continuent à restreindre le crédit aux entreprises...

Et la pression va être maintenue. Simple bon sens politique oblige. Dans l'émission "Complément d'enquête" de France 2 enregistrée vendredi et diffusée ce lundi 3 novembre en deuxième partie de soirée, le Premier ministre François Fillon met à nouveau en garde les banques. "Si nous avons le sentiment que les banques ne font pas le travail qui est nécessaire, alors il y a deux possibilités. Première possibilité: on retire les crédits que l'on a apportés. C'est le contrat que l'Etat a passé avec les banques", avance-t-il. "Deuxièmement : si l'on retire cet argent, les banques se retrouveront en difficulté, alors, à ce moment-là, la question se posera de rentrer à leur capital, éventuellement de changer leurs dirigeants, de contrôler leur stratégie", ajoute le chef du gouvernement selon le script de l'émission communiquée par la chaîne.

L'Etat va injecter d'ici la fin de l'année 10,5 milliards d'euros dans les six plus grandes banques privées françaises pour qu'elles puissent financer suffisamment l'économie. En contrepartie, les banques se sont engagées à augmenter le montant de leurs prêts aux entreprises et aux ménages de 3 à 4%. "Grosso modo, c'est dans les dix jours qui viennent que l'on va pouvoir juger si les banques jouent le jeu ou pas", estime François Fillon sur France 2.

Mais en affichage, ce sont 360 milliards qui ont été débloqués. Ou 285, selon les derniers chiffres présentés. C'est ce qu'ont compris les Français lors de l'annonce du plan. Peu importe qu'il ne s'agisse que d'un montant maximal de garantie. Peu importe que l'Etat, en prêtant à un taux important sur le moyen-long terme, y trouve aussi son compte. Le petit artisan, lui, enserré dans ses difficultés financières, a son banquier en face de lui. Pas le directeur général ni le président de sa banque. Juste son conseiller de clientèle, celui qu'il considère déjà comme un nanti. A-t-il reçu des consignes pour aider ses clients? A-t-il envie de prendre des risques à l'heure où autour de lui on ne cesse de lui rabâcher que la situation est catastrophique et qu'il faut limiter les risques? Pas tous, sans nul doute. En tout cas pas celui de J. Durant.