Les banques s'y retrouvent, l'Etat aussi

Jocelyn Jovène

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Une coquette somme. 10,5 milliards d'euros, c'est le montant que six banques françaises – Crédit Agricole, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Mutuel, Caisses d'Epargne et Banques Populaires – vont obtenir en acquérant des titres de dette auprès de l'Etat. Une opération où tout le monde semble gagnant.

Les banques françaises devraient améliorer de 50 points de base (à 8,5% en moyenne) leur ratio de solvabilité Tier 1, un important indicateur de solidité de leur bilan, alors que la crise financière venue d'outre-Atlantique n'est pas complètement digérée et que pointe la menace d'une récession économique.

Rassurer les investisseurs

"C'est une bonne opération au regard de l’état actuel des marchés", observe Christian Parisot, économiste et stratégiste actions chez Aurel BGC. "Toute la difficulté était de résoudre le problème de perte de confiance sur les marchés. Il fallait rassurer sur la capacité des banques à faire leur métier, et à améliorer leur ratio de solvabilité (Tier 1)", ajoute-t-il.

Car émettre de la dette aujourd'hui sur les marchés revient beaucoup plus cher que dans les conditions fixées par les pouvoirs publics. Ce dernier est rémunéré sur la base du rendement des obligations d'Etat à 5 ans majoré de 400 points de base. Selon Natixis, le taux à 5 ans de la dette d'Etat coûte 3,8%. Les banques empruntent donc auprès de l'Etat à un taux de 7,8%.

"Ces conditions sont clairement avantageuses pour les banques françaises: une émission de dette subordonnée de type Tier 1 se ferait probablement autour de 700 à 800 points de base au-dessus de la dette gouvernementale", note un opérateur de marché.

L'Etat est aussi gagnant

L'Etat fait lui aussi une bonne affaire. Appliqué à l'enveloppe de 10,5 milliards d'euros, le taux de 7,8% signifie que l'Etat devrait empocher au minimum 819 millions d'euros par an pendant 5 ans.

"Ce qu’a fait la France n’est pas trop négatif pour l’actionnaire. Et l’Etat s’assure une petite marge dans l’opération", observe Christian Parisot. Tout le monde serait donc effectivement gagnant. Une situation qui a conduit plusieurs établissements bancaires, comme BNP Paribas ou Crédit Agricole, ainsi la Fédération bancaire française, à saluer le plan de Bercy.

La contrepartie attendue est relativement modeste: accroître de 3% à 4% l'encours de crédit à l'économie et s'assurer que les dirigeants des banques font preuve de déontologie en ce qui concerne leur rémunération.