La rentabilité des banques d'affaires menacée

Jocelyn Jovène

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L'après-crise coûtera cher aux banques d'affaires. Selon une étude de la banque américaine J.P.Morgan publiées ce mercredi, la rentabilité des deux grandes banques d'affaires américaines (Goldman Sachs et Morgan Stanley) et des principaux établissements européens (Deutsche Bank, UBS, Credit Suisse, Barclays, Société Générale et BNP Paribas) chuterait de 15,2% à 10,8% d'ici 2011.

Contraintes réglementaires

Cette baisse de la rentabilité s'explique en premier lieu par des contraintes plus sévères dans la gestion du risque et par des mesures visant à rendre certains marchés plus transparents, en commençant par les produits dérivés traités de gré à gré.

"Nous pensons qu'un retour de tout juste 11% dans un environnement d'activité normalisé est inacceptable pour les actionnaires, et les dirigeants de banques universelles pour se demander où réinvestir chaque dollar de capital supplémentaire, dans la banque d'affaires avec une rentabilité de 11% ou dans des activités plus rentables comme le crédit traditionnel ou la gestion d'actifs", soulignent Kian Abouhossein, Delphine Lee et Cormach Lee, les auteurs de l'étude.

Credit Suisse préféré

J.P.Morgan estime que du point de vue des investisseurs, les banques attrayantes face un environnement réglementaire plus contraignant sont celles disposant d'activités de banque privée ou de banque de détail fortes, ayant un bilan solide avec la possibilité de racheter leurs actions, et offrant une valorisation basse pour faire face à une conjoncture moins favorable.

Sur la base de ces critères, la banque place en tête de ses choix Credit Suisse, Morgan Stanley, Société Générale, BNP Paribas, pour lesquelles elle a un avis surpondérer et des potentielles de hausse estimés entre 23% et 30% selon les titres.

Pressions à court terme

Dans une autre étude sur le secteur bancaire, les analystes d'UBS s'inquiètent des risques de court terme menaçant la rentabilité des banques en Europe, qui profite encore des conditions de financement favorables de la Banque centrale européenne et des plans de soutien à l'industrie financière mis en place fin 2008 dans de nombreux pays.

Ces mesures d'aides imposent aux investisseurs de distinguer les banques qui sont relativement bien capitalisées face au risque d'une hausse des provisions due aux défaillances de leurs clients (encore appelé coût du risque), de celles qui devront faire appel au marché.

Recapitalisations

"Le secteur bancaire européen gère 9.700 milliards de prêts et les banques ont levés moins de 30 milliards d'euros à ce jour. Ces 30 points de base représentent une fraction de 100 points de base à minima nécessaire pour couvrir une hausse des provisions, notamment en période de récession", expliquent les analystes d'UBS.

Parmi les banques qui ont aujourd'hui le moins de chance de faire appel au marché figurent, selon UBS, Lloyds et HSBC, dont la valorisation est bien inférieure aux espagnoles BBVA ou Santander. En gros, celle qui ont déjà été largement recapitalisée et qui devraient être les mieux à même de supporter les effets de la récession.