Les vertus de la crise

Guillaume Guichard

— 

Quel est le point commun entre Hewlett-Packard, Toys "R" Us, Microsoft ou Domino's Pizza? Toutes ces sociétés américaines ont été créées pendant une période de récession économique ou de forte inflation. Bref, quand l'économie n'était pas au mieux de sa forme.

Plus de la moitié des plus grosses entreprises américaines du classement Fortune 500 sont nées durant des crises ou des périodes de débâcle boursière, selon une étude de la Fondation Ewing Marion Kauffman.

Le bon côté

Plans sociaux, restructurations, marchés en chutes libres… Le côté obscur de la crise, on connait. En revanche, cette étude met au jour un aspect invisible de la récession: les créations d'entreprises qui génèrent des emplois. "Lorsqu'une grande entreprise annonce un plan social, elle fait la Une. Mais, lorsque deux ou trois douzaines de jeunes sociétés recrutent quatre, six ou huit personnes, cela passe inaperçu", écrit Dane Stangler, l'auteur de l'étude.

De 1929 à 1933, puis de 1937 à 1938, les Etats-Unis connaissent la Grande Dépression. Le marché boursier est dévasté, le pays est sillonné par ces milliers de chômeurs qui cherchent du travail. Un phénomène magnifié par Steinbeck dans son roman Les Raisins de la colère. Pas franchement le moment le plus propice pour créer une entreprise. Et pourtant. La décennie a vu naître plus de sociétés qui figurent aujourd'hui dans le Fortune 500 que la moyenne (29 contre 22), relève Dane Stangler.

Dans un garage

Prenez George Blaisdell, par exemple. Il est au chômage, sa famille meurt de faim. Alors, en 1932, il bricole dans son garage de petits briquets élégants, faciles à allumer et qu'il vend 1,95 dollars (30 dollars d'aujourd'hui). Une trouvaille qu'il baptise Zippo. La petite affaire survit à la crise et décolle durant la seconde guerre mondiale grâce à sa popularité auprès des militaires.

Il ressort de l'étude de Dane Stangler que les entreprises qui paraissent les plus fragiles, c'est-à-dire les start-ups, sont en fait les moins sensibles aux retournements conjoncturels. "Discutez avec un entrepreneur", conseille l'économiste, "et vous vous rendrez compte rapidement que cette sorte d'individus agit plutôt en fonction d'une intuition qu'en fonction du contexte économique".

A la dure

Et demain? Comme les précédentes périodes de récession ont vu éclore la majorité des grandes entreprises américaines, faut-il s'attendre à ce que la crise actuelle éduque -à la dure- les prochaines générations de stars du Fortune 500? Le prochain Zippo est-il en train d'éclore quelque part, loin du regard des médias, alors que General Motors agonise en direct sur CNN?

"Comme les années précédentes, les années 2008 et 2009 devraient produire entre 400.000 et 700.000 start-ups", écrit Dane Stangler. "Beaucoup vont mourir, d'autres vont boitiller quelques années, et certaines survivront et deviendront les grandes entreprises de demain". Lesquelles? Réponse en 2030.