Kenneth Lewis quitte Bank of America

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Kenneth Lewis, le patron qui avait développé la provinciale Bank of America pour en faire la première banque américaine, a fini par jeter l'éponge jeudi, annonçant qu'il quitterait son poste un an après l'intégration rentable mais controversée de la banque d'affaires Merrill Lynch. M. Lewis, 62 ans, doit quitter son bureau de Charlotte (Caroline du Nord, sud-est) le 31 décembre, pour le céder à un successeur qui n'a pas encore été désigné.

Il y a quelques mois encore ce patron de fer grandi dans une famille modeste du Mississippi (sud) assurait qu'il n'entendait pas lâcher les rênes avant d'avoir au moins remboursé les 45 milliards de dollars d'aide publique obtenus depuis l'automne 2008. Une aide jugée de plus en plus encombrante, car accompagnée d'une tutelle de fait.

Mais mercredi, il a justifié son prochain départ en remarquant que "l'intégration de Merrill Lynch et (du prêteur hypothécaire) Countrywide (acquis en 2008) est bien partie et déjà rentable".

"Nous sommes

en bonne voie pour rembourser les investissements gouvernementaux
accordés dans le cadre du plan de sauvetage du système financier", a ajouté M. Lewis dans un communiqué. "Pour ces raisons j'ai décidé que le moment était venu de commencer la transition vers la prochaine génération de dirigeants de Bank of America", en quittant à la fois le conseil d'administration et le poste de directeur général.

Eviter les déboires

Il est difficile d'imaginer que M. Lewis ne parte pas principalement pour éviter de nouveaux déboires à la société à laquelle il a consacré 40 ans de sa vie, désormais sous le coup de poursuites judiciaires en rafale dues aux conditions de l'intégration de Merrill Lynch.

L'affaire, qui avait déjà poussé les actionnaires à évincer M. Lewis de la présidence du conseil d'administration il y a cinq mois, vaut désormais un procès contre le gendarme de la Bourse, la SEC, programmé pour le 1er février à New York.

Pourtant le 15 septembre 2008, le jour où la finance mondiale s'effondrait sous le coup de la faillite de Lehman Brothers, c'est un "Ken" Lewis rayonnant qui annonçait l'acquisition à bon compte de la très chic new-yorkaise Merrill Lynch -"une opportunité stratégique qui n'arrive qu'une fois dans sa vie", jubilait-il, loin d'imaginer que ce coup de maître entraînerait sa chute.

Contre-nature

Dès le début, le rapprochement de deux établissements aux cultures radicalement différentes, entre la provinciale Bank of America et l'orgueilleuse firme au taureau avait paru contre-nature. Depuis, les difficultés se sont multipliées.

En décembre, Bank of America découvrait la profondeur abyssale des pertes de Merrill Lynch (plus de 15 milliards de dollars rien que sur le 4e trimestre 2008). M. Lewis alertait alors le Trésor et le gouvernement, qui, sous la menace de le débarquer, le poussaient à finaliser la fusion, portant au passage de 20 à 45 milliards de dollars leur soutien financier.

Puis on apprenait que Merrill Lynch avait versé pour quelque 3,6 milliards de primes à ses cadres, une révélation qui avait ulcéré des Américains plongés dans la récession.

BofA a défendu ces bonus.
Est alors né l
e scandale de Merrill Lynch

Depuis, le Congrès, les actionnaires et les autorités boursières et judiciaires ont fouillé le dossier. Désormais Bank of America est sous le coup de poursuites pour avoir dissimulé des informations à ses actionnaires avant qu'ils n'approuvent la fusion le 5 décembre. BofA avait en effet

supervisé la tenue des comptes de Merrill

Depuis le début de l'année et l'intégration de Merrill Lynch, le cours de l'action Bank of America s'est légèrement redressé, de 14,33 dollars à 16,92 dollars, mais il ne représente encore que la moitié de ce qu'il était il y a un an.

En revanche la banque a engrangé deux trimestres largement bénéficiaires, grâce aux activités de courtage qui ont pris une toute autre dimension grâce Merrill Lynch.

Plusieurs noms ont été cités ces derniers mois pour remplacer M. Lewis, parmi lesquels le directeur financier Joe Price, le patron de la banque de détail Brian Moynihan, et la nouvelle patronne des activités mondiales de gestion de fortune Sallie Krawchek, ancienne de Citigroup.