Rio Tinto tourne le dos à la Chine

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Pour Pékin, cela ressemble à un camouflet économique. Rio Tinto, en proie à des difficultés financières après le rachat en haut de cycle du canadien Alcan, avait été contraint de céder des actifs et n'avait trouvé en février dernier que la Chine pour lui apporter de l'argent frais. Pour Pékin, l'intérêt évident était de permettre au pays d'accéder à des richesses minières considérables (minerai de fer, aluminium, charbon, cuivre ou pétrole…). La remontée du cours des matières premières et le rebond des marchés financiers semblent offrir une voie de sortie inespérée à Riot Tinto.

L'augmentation de capital se fait au prix de 1.400 pence par action, avec une décote de 49% par rapport au dernier cours de Bourse du géant minier. Elle devrait être bouclée dans la première quinzaine de juillet. "La capacité de Rio de mettre de côté son deal et de ne pas dépendre des financements chinois est une bonne nouvelle", estime Tim Schroeders, géant chez Pengana Capital à Melbourne, cité par l'agence Bloomberg. A Sydney, les actions de Rio Tinto et de BHP Billiton étaient en hausse, ce vendredi 5 juin.

Désendettement

La dette nette du groupe sera ramenée à 23,2 milliards de dollars. L'opération permet à Rio Tinto de faire mieux que son objectif de réduire cette année de 10 milliards son endettement. Le groupe paiera 195 millions de dollars à Chinalco pour rupture des négociations. Le groupe "reste intéressé pour mener de futures collaborations avec Chinalco et reconnaît l'importance de la Chine et de construire des relations solides avec ce pays", affirme-t-il dans un communiqué de presse.

10 ans de négociations

Comme un bonheur ne vient jamais seul, Rio Tinto annonce en outre un accord de coentreprise à 50/50 avec son concurrent BHP Billiton pour développer et exploiter conjointement le minerai de fer en Australie occidentale. Pour participer à ce projet, BHP paiera 5,8 milliards de dollars à Rio Tinto. La JV devrait être finalisée d'ici la mi-2010, après avoir reçu les autorisations des autorités de la concurrence. L'accord entre les deux groupes marque l'aboutissement de 10 ans de négociations.

Ces deux opérations constituent donc une véritable bouffée d'air. Et elle est plus que bienvenue. Faisant le point sur ses perspectives, Rio Tinto a estimé que l'avenir restait incertain. Le groupe a récemment publié des résultats trimestriels en baisse de 45%. Dernièrement, il a concédé une baisse de 33% du prix du minerai de fer qu'il prévoit de livrer aux aciéristes japonais et coréens. Une première après plusieurs années de hausse, signe que la conjoncture est devenue bien plus difficile.