Ralentissement de la chute des prix de l'immobilier britannique

Catherine Vincent

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L'immobilier anglais, l'un des plus chers au monde, est en crise. Mais tout est relatif. Entre la fin de l'année 2007, début de la baisse, et la fin 2008, ces prix ont chuté de 13% environ, selon les chiffres de Nationwide Building Society. Plus précisément, entre février 2008 et février 2009, les prix ont perdu 20%, selon une enquête de la RICS. C'est beaucoup mais c'est loin cependant de rattraper le niveau des années 90. Entre 1996, point de référence Outre-manche puisqu'il s'agit de la fin d'un cycle de baisse des prix, et la fin 2006, le marché immobilier anglais a grimpé de 240%.

Au premier trimestre 1996, le prix d'un logement moyen était de 62.453 livres contre 179.425 livres au 3e trimestre 2006. En mars 2009, il est de 157.326 livres (172.000 euros), selon le baromètre mensuel de la banque Halifax.

Mais la baisse des prix immobiliers au Royaume-Uni ralentit légèrement en mars, à -1,9% sur un mois contre -2,3% en février, et à -17,5% sur un an contre -17,7% le mois précédent, selon Halifax, filiale du groupe bancaire Lloyds Banking Group (LBG) spécialisée dans le crédit immobilier.

"Les conditions sur le marché immobilier vont probablement rester difficiles sur le reste de 2009, malgré une amélioration de l'accessibilité au marché immobilier", la baisse des prix ayant rendu le secteur plus attractif, explique pour sa part l'économiste spécialisé dans l'immobilier de la banque, Martin Ellis. "L'augmentation du chômage, et les effets de la crise persistante des marchés financiers sur la disponibilité du crédit devraient continuer à peser dans les mois qui viennent", ajoute-t-il.

Ces chiffres contredisent ceux de la banque mutualiste Nationwide, publiés jeudi 2 avril, qui avaient fait ressortir un rebond inattendu (de 0,9%) des prix immobiliers britanniques en mars. Toutefois, Nationwide avait prévenu qu'il ne fallait pas y voir le début d'une reprise durable. Et compte tenu des chiffres d'Halifax, Seema Shah, du cabinet Capital Economics, fait valoir que "la fin de la correction n'est pas encore arrivée". Les prix restent 10% plus élevés que leur moyenne à long terme et vont donc encore baisser, ajoute Seema Shah.

De même, Howard Archer, du cabinet IHS Global Insight, déclare s'attendre à ce que la baisse des prix immobiliers se poursuive les prochains mois, "même si cela devrait se faire à un rythme plus modéré", avec une chute qui devrait atteindre 12% sur l'ensemble de 2009, et 5% au premier semestre 2010. Cela porterait à 33% la chute des prix par rapport à leur pic d'août 2007.

Plus mesuré, Raymond Van der Putten de BNP-Paribas, estime que certains signes laissent "à penser que cette tendance baissière s’atténue". Entre décembre et février, les prix de l’immobilier ont reculé de 14 % en rythme annualisé par rapport au trimestre précédent, contre 20 % en janvier et 24 % en décembre, argumente-t-il. En outre, ajoute-t-il, "en février, les demandes de renseignements de la part de nouveaux acquéreurs (enquête de la RICS), indicateur avancé des prix de l’immobilier, ont augmenté pour le quatrième mois consécutif et à un rythme jamais observé depuis août 2006".

Bonne ou mauvaise nouvelle? Ca dépend pour qui. La baisse du cours de la livre conjuguée à la baisse des prix des biens font désormais de Londres une ville plus attractive pour les investisseurs étrangers. Même si, au 4e trimestre 2008, la capitale britannique restait la deuxième ville la plus chère du monde derrière Monaco (55.000 euros le mètre carré) avec un prix de 28.000 euros le mètre carré, selon le rapport 2009 sur la richesse (Wealth report 2009), fruit d'une collaboration entre la société de services immobiliers Knight Frank et la Citi Private Bank. D'après ce document, Paris arrive en 5e position avec un prix moyen de 16.000 euros le m2. Il reste de la marge.