L’assurance vie en unité de compte a beaucoup perdu en 2008

Julien Beauvieux

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Les épargnants se souviendront de l'année 2008. Support favori de l'épargne, l'assurance-vie et notamment les supports en unités de compte ont sans surprise pâti de la baisse des marchés financiers en 2008. Ces contrats ont en effet affiché une performance négative de près de 25% en 2008, selon les premières estimations de la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA). Il s'agit de la première année de performance négative depuis 2002, 2007 s'étant soldée par une croissance de 1,3% malgré le début des turbulences financières. Mais les particuliers prudents y ayant placé leurs économies pourraient en vouloir à leur conseiller financier, souvent peu enclins à présenter les risques de tels investissements.

Permettant à l'épargnant d'investir notamment dans des OPCVM, pour capter la performance des marchés financiers, ces contrats offrent habituellement des rendements plus importants que ceux uniquement investis dans des produits obligataires, les traditionnels "fonds en euros". Ces derniers, dont le capital est garanti, ont enregistré depuis trois ans un rendement d'environ 4% à 4,5%, quand les fonds en unités de compte ont offert 6,6% en 2006, et jusqu'à 14,4% en 2005. Cet écart attractif, qui traduit une prise de risque plus élevées, a séduit jusque récemment bon nombre d'épargnant, notamment à la suite de l'amendement Fourgous, instauré dans la loi dite Breton du 26 juillet 2005.

Ce texte autorisait en effet aux épargnants de réorienter leur épargne libellée en euro vers des contrats d'assurance-vie en unités de compte ou multisupport (un type de contrat mixte qui mêle les deux formules) sans perdre les avantages fiscaux attachés au régime de l'assurance-vie déjà acquis. Pour bénéficier du mécanisme, l'investisseur avait comme obligation de placer au minimum 20% de l'épargne transférée en unités de compte. Depuis le début du dispositif, pas moins de 56,7 milliards ont été transférés, dont 17 milliards en unités de compte. Environ 20 milliards d'euros ont été transférés en 2006, et plus de 26 milliards en 2007, selon les chiffres de la FFSA. Un coup d'arrêt a cependant été observé en 2008, année au cours de laquelle seulement 8,7 milliards ont été transférés.

Avec la crise, les produits risqués font peur. L'engouement pour les produits en unité de compte n'est donc plus à l'ordre du jour, et les assureurs pourraient faire face à des réclamations pour défaut de conseil. "Pour l'assureur, la rentabilité des contrats en unité de compte est environ 4 fois plus élevée. Dans 95% des cas, les assureurs ont accompli les démarches dans la transparence, mais certains ont pu être tentés de vendre ces produits en invoquant la bonne santé des marchés financiers sans mentionner les risques de telles positions", explique Cyrille Chartier-Kastler, président fondateur de Facts & Figures.

Face à l'étendue des pertes, les épargnants ont la possibilité de mener des actions en justice pour récupérer leur mise. Il leur faut pour cela montrer qu'ils ont été mal conseillés lors des opérations de transfert, qui "ont commencé début 2006, au moment où les marchés étaient au plus haut", explique Cyrille Chartier-Kastler. Le remboursement des clients pourrait donc coûter cher aux assureurs. Selon l'expert, de telles procédures pourraient représenter environ 1 milliard d'euros de moins-values pour l'industrie française de l'assurance-vie.