L'assurance européenne devra faire le dos rond

Julien Beauvieux

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Confrontés à des conditions économiques et financières difficiles, les assureurs européens voient s'avancer vers eux d'épais nuages, qui pourraient couvrir l'horizon de leurs profits pendant plusieurs années, estime l'agence de notation Fitch Ratings.

Signe des difficultés généralisées du secteur, "l'avantage de la diversification a disparu dans cet environnement particulièrement perturbé", explique Greg Carter, managing director chez Fitch Ratings London.

"L'environnement actuel est clairement nuageux", a expliqué de son côté Marc-Philippe Juilliard, senior director chez Fitch Ratings, en référence aux difficultés de l'assurance-vie française. Cette activité, qui consiste pour l'essentiel à offrir des contrats de prévoyance (retraite, santé, invalidité) et représente une large part des revenus du secteur tant au plan français qu'au plan européen, a souffert des déséquilibres des marchés financiers.

C'est en effet dans le compartiment actions et surtout le compartiment obligataire que les assureurs placent les primes versées pour les faire fructifier. Les performances décevantes en 2008 de ces deux compartiments ont en conséquence mis à mal les assureurs, qui ont dû constater de nombreuses pertes latentes sur leur portefeuille.

Marché moins porteur

Du côté de l'assurance dommages, la profitabilité a bénéficié d'une baisse de la sinistralité, mais elle a en partie été compensée par un marché moins porteur. Les primes automobiles et l'assurance habitation sont par exemple corrélées aux ventes de voitures et aux transactions immobilières, deux secteurs qui ont montré des signes de faiblesse avant même la faillite de Lehman Brothers. Avec à la clef des bénéfices 2008 dégradés.

L'an dernier, les 15 plus importants assureurs européens ont enregistré des pertes, après avoir engrangé des profits record en 2005, 2006 et 2007 - plus de 40 milliards d'euros. L'aggravation de la crise financière en octobre 2008 a conduit Fitch à abaisser à négatives ses perspectives pour le secteur européen.

Et malgré l'amélioration sur le front financier et le retour partiel de la confiance constatés depuis le deuxième trimestre, l'agence de notation a maintenu ses anticipations négatives. "Les perspectives de profitabilité sont très faibles", ajoute Greg Carter, qui écarte néanmoins l'hypothèse d'un soutien public du secteur européen de l'assurance. Contrairement aux banques, où les clients peuvent venir à tout moment pour retirer leur argent, les "assureurs ne sont pas confrontés aux mêmes pressions concernant leur liquidité", précise le responsable.

Rachats de contrats

Le secteur aura néanmoins plusieurs défis à relever. Concernant l'assurance-vie, "les détenteurs pourrait affluer en masse pour effectuer des rachats de contrats, malgré les pénalités", explique Greg Carter. Motivé par l'aversion pour le risque et le besoin de liquidité des épargnants, ce phénomène de retrait partiel ou total des sommes versées depuis l'ouverture du contrat pèse sur les encours sous gestion, et limite les profits financiers de la profession.

Du côté de l'assurance dommages, le secteur "va souffrir de davantage de demandes d'indemnisation en raison de la récession". Les perturbations économiques d'ampleur induisent traditionnellement une hausse des vols ou des incendies, contribuant ainsi à dégrader la rentabilité des assureurs. Par ailleurs, "les pertes liées aux catastrophes naturelles devraient augmenter sur le long terme", estime Greg Carter. La rentabilité de ces opérations pourrait donc entrer dans une tendance baissière.