L'Europe divisée sur la résorption des déficits

T.V avec AFP

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Les ministres des Finances de la zone euro, réunis en Suède, se sont montrés hésitants jeudi à l'idée de fixer une date pour revenir à la discipline budgétaire alors que la plupart des pays doivent faire face à un dérapage des finances publiques.

Pas de calendrier précis

"Je ne pense pas que l'on puisse avoir un calendrier précis ou commun" pour mettre en place les "stratégies de sortie" de la crise, a déclaré le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, à son arrivée à une réunion avec ses homologues de la zone euro à Göteborg, en Suède. "Je ne pense pas que l'impact de la crise internationale soit symétrique dans tous les pays. Elle affecte différemment chaque Etat. Et chaque pays devra définir sa propre stratégie de sortie au moment approprié pour lui", a-t-il ajouté.

Les ministres des Finances des 16 pays partageant l'euro, puis ceux des 27 pays de l'UE, doivent discuter jeudi de leur stratégie pour recommencer à réduire leurs déficits et leurs dettes, qui ont gonflé avec les plans de relance et la hausse des dépenses sociales induite par la crise. Ils ont déjà indiqué que le moment n'était pas encore venu d'abandonner leurs efforts de relance budgétaire, qu'ils se sont engagés à poursuivre cette année et en 2010.

Définir une stratégie de retour à l'équilibre

Mardi, devant le Parlement européen, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, avait toutefois estimé qu'il faudrait mener des politiques budgétaires plus rigoureuses afin de réduire les déficits à partir de 2011. Dans un rapport destiné à préparer cette discussion, la Commission européenne préconise "une consolidation fiscale généralisée, très substantielle -mais différenciée selon les pays" à partir de 2011, faute de quoi la dette pourrait atteindre des niveaux vertigineux d'ici 2020.

Le ministre suédois des Finances, Anders Borg, dont le pays préside l'UE, a insisté jeudi sur la nécessité de définir sans attendre une stratégie de retour à la discipline budgétaire. "Je pense qu'il est clair que nous devons maintenir une politique économique très expansionniste dans la période à venir", mais "en même temps, le moment est venu de commencer à définir et à communiquer sur les stratégies de sortie" de la crise, a-t-il dit. Il a souligné que sans politique appropriée, la dette atteindrait rapidement 100% du Produit intérieur brut (PIB) dans la zone euro.

Mettre fin aux déficits d'ici 2011

L'échéance de 2011 pour réduire les déficits est également retenue par une étude de l'Institut de recherche européen Bruegel qui devrait être présentée ce jeudi aux ministres des Finances de l'UE.

"Les gouvernements ont besoin de commencer la consolidation budgétaire rapidement en 2011, avec le retrait des plans de relance" qui ont été mis en place pour contrer la crise financière, selon cette étude dont l'AFP a obtenu copie. La réduction des déficits devrait ensuite "continuer à un rythme régulier", préconisent les économistes.

Pour cela, "chaque gouvernement devrait présenter à son Parlement, d'ici l'été 2010, un plan budgétaire à moyen terme qui inclut un objectif de dette pour fin 2014 ainsi que des objectifs annuels minimum et maximum de consolidation", estiment-ils.

Ils font valoir qu'une stratégie de sortie de crise rapide est nécessaire pour limiter le gonflement de la dette, les risques inflationnistes et les effets négatifs sur la croissance d'un système financier toujours malade.

Recapitalisation des banques

Dans le détail, les économistes de Bruegel conseillent de commencer par "une recapitalisation correcte des banques en difficultés", et ceci "le plus vite possible", même si cela aura "un coût budgétaire à court terme".

"La recapitalisation est seulement une étape intermédiaire. La suivante est le retour des banques à un propriétaire privé, quand elles auront été restructurées et rendues de nouveau viables", expliquent-ils.

Viendra ensuite l'abandon, "graduellement", des mesures exceptionnelles d'aide aux banques, puis la consolidation budgétaire. Celle-ci devrait s'accompagner de "réformes qui améliorent la stabilité des finances publiques à moyen terme, notamment les réformes des systèmes de retraite".