La BCE "étudie" des mesures quantitatives

Julien Beauvieux

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La Banque Centrale Européenne (BCE) va-t-elle à son tour racheter en direct des obligations pour faire baisser les taux d'intérêt à long terme et ainsi stimuler l'économie? Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a admis vendredi 10 avril que cette solution est à l'étude, tout en prenant soin de marquer les différences de la zone euro par rapport au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, qui rendent "moins nécessaires" ce type d'intervention.

"La question d'un rachat d'obligations par les banques centrales de l'eurosystème est à l'étude", a déclaré le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, lors de la présentation des résultats 2008 de l'institution. "Mais elle se pose différemment", a-t-il ajouté, en prenant l'exemple de l'économie américaine.

Outre-Atlantique, "l'économie est financée à 70% par les marchés et à 30% par le circuit bancaire, alors que c'est à peu près l'inverse en zone euro", a-t-il expliqué. Un constat qui permet de comprendre pourquoi les autorités américaines et britanniques, dont les économies sont dans une configuration similaire, tentent désespérément de ranimer les marchés financiers. La Fed et la Banque d'Angleterre se sont en effet lancées dans des mesures "quantitatives", qui visent à injecter directement des liquidités dans leurs économies respectives, en rachetant des obligations privées et publiques.

Cette position tranche avec celle de la BCE et des banques centrales nationales de l'Eurosystème. "Pour nous, il est clair que le gros du financement de l'économie doit passer par les banques", a expliqué Christian Noyer. Les autorités monétaires de l'euroland se sont pour l'instant bornées à prêter des liquidités en quantité illimitée et à taux fixe aux banques commerciales de la zone euro. La liste des collatéraux exigibles lors de ces opérations de refinancement a par ailleurs été élargie et la maturité des prêts allongée jusqu'à 6 mois.

"Un volet d'intervention directe est moins nécessaire car les marchés interbancaires ont mieux fonctionné à partir de décembre et surtout de janvier", a expliqué le gouverneur, qui a précisé que les émissions obligataires des entreprises ont également redémarré.

La raison de cette divergence de position tient également au caractère imprévisible et dangereux d'un gonflement de la masse monétaire, la BCE ayant jusque-là fait preuve d'une grande prudence. Si le bilan des banques centrales sont en très forte croissance de part et d'autre de l'Atlantique, l'échelle n'est pas la même et pourrait conduire à une explosion de l'inflation au moindre signe de reprise.

Le bilan de la BCE et de ses antennes nationales ont ainsi augmenté de l'ordre de 60% en 2008, a rappelé Christian Noyer. Aux Etats-Unis, celui de la Fed est passé d'environ 800 milliards de dollars à 2.200 milliards de dollars entre août 2007 et novembre 2008 et devrait se situer aux alentours de 4.000 milliards fin 2009, selon l'économiste Patrick Artus, directeur de la Recherche et des Etudes de Natixis. Une véritable bombe à retardement.

Ces ressources, pour partie thésaurisées par les banques commerciales dans leur compte à la banque centrale, pourraient en effet alimenter une inflation par les matières premières similaire à celle observée en 2008, estime l'économiste. En spéculant à la hausse au moindre signe de reprise, les banques et autres acteurs financiers pourraient ainsi tuer dans l'œuf une éventuelle amélioration de la conjoncture.