Trichet: doigté et prudence

J. Bx avec agence

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Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a jugé vendredi 17 avril à Tokyo qu'il fallait tout mettre en œuvre pour rétablir la confiance des agents économiques dans une perspective de court, moyen et long termes, tout en évitant des prises de risque inconsidérées.

"Les banques centrales doivent faire tout ce qu'elles peuvent pour restaurer, préserver et encourager la confiance des ménages et entreprises afin d'ouvrir la voie à une prospérité durable", a-t-il déclaré lors d'une conférence devant un parterre d'hommes d'affaires et personnalités des milieux politico-diplomatiques nippons. Le président de la BCE a toutefois averti que l'institution devait agir avec prudence pour éviter des prises de risque à moyen terme. "Nous devons maintenir un équilibre entre la nécessité d'agir immédiatement, à la mesure de la gravité de la situation actuelle, et l'obligation tout autant essentielle de revenir sur une trajectoire durable à moyen et long termes", a prévenu le dirigeant.

Une manière de souligner les risques inflationnistes inhérents à l'injection massive de liquidité dans l'économie, à l'image de la Fed. Le dirigeant a pourtant confirmé que la BCE pourrait annoncer des mesures monétaires non-conventionnelles le mois prochain. "Ce que nous déciderons tiendra compte de la structure financière des économies de la zone euro et sera pleinement en phase avec notre stratégie de moyen terme", a expliqué Jean-claude Trichet. Ces mesures non-conventionnelles sont destinées à éviter la contraction de la masse monétaire et les risques de déflation, qui auraient pour conséquence de paralyser toute activité économique. A l'opposé du spectre figure les risques d'inflation à moyen-terme liés à un excès de liquidité, qui se traduiraient par un emballement des prix.

Jean-Claude Trichet a de nouveau rappelé les actions mises en œuvre pour aider le secteur financier, compte-tenu du "rôle dominant des banques dans nos économies". Depuis le début de la crise financière, la BCE alimente généreusement les banques en liquidités, afin de pallier le tarissement des sources de refinancement. Les opérations de refinancement habituelles, des prêts pouvant atteindre des maturités de six mois contre prise en pension d'actifs financiers, sont désormais réalisées à taux fixe et pour des montants illimités. Mais le problème est que les banques gardent une part importante de ses liquidités sur leur bilan plutôt que d'injecter cet argent dans l'économie, en prêtant aux agents économiques.

Parallèlement, la BCE a abaissé son principal taux directeur, le faisant descendre encore de 0,25 point au début du mois d'avril, à un plancher historique de 1,25%. L'institution n'écarte d'ailleurs pas l'hypothèse d'une nouvelle baisse des taux. Mais Jean-Claude Trichet a à plusieurs reprises indiqué qu'un taux proche de zéro, comme au Japon ou aux Etats-Unis, n'était pas souhaitable dans la zone euro. "Un niveau aussi bas que 1,25% n'a jamais été vu dans l'histoire monétaire européenne d'après-guerre, avec ou sans euro", a-t-il souligné, insistant sur le fait que les banques sont ainsi en mesure d'emprunter à bas coûts et d'accorder des crédits "à des conditions très favorables". Sans écarter la persistance de dangers liés à l'injection d'une grande quantité de liquidités, le président de la BCE a enfin redit qu'il espérait voir la reprise s'amorcer courant 2010.