Intel, Nokia s'associent dans les puces pour portables

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Gros coup de pub ? Dans un communiqué de presse, l'américain Intel et le finlandais Nokia ont indiqué mardi qu'ils renforcent leur collaboration en matière de R&D dans le cadre d'un partenariat de long-terme destiné à développer de nouvelles puces conçues par Intel "combinant la performance d'ordinateurs puissants avec des communications mobiles à très haut débit et un accès permanent à Internet". L'annonce reflète l'association de deux géants de l'électronique dans un mouvement de fond de l'industrie, celui de la convergence entre informatique et télécommunications.

A ce jour, les deux groupes ont collaboré sur des technologies comme le WiMax. L'accord annoncé mardi par les deux groupes reste flou, puisqu'aucun nouveau produit n'est annoncé dans l'immédiat, pas plus que n'est dévoilé le montant des ressources financières engagées par les deux parties. Le manque de détails derrière cette annonce a laissé de nombreux observateurs sur leur faim. "Sans contenu ou calendrier produits, la ligne officielle "faites-nous confiance" est difficile à avaler", note Rebecca Runkle, responsable de la société Research Edge, une société de conseil en investissements citée par le New York Times.

1 milliard de portables

Pour Intel, l'intérêt d'être plus présent sur le marché des téléphones mobiles est évident: il s'en vend près d'1 milliard par an dans le monde, contre quelques centaines de millions d'ordinateurs. Mais son entrée sur le marché des portables et des communications mobiles s'est avérée à ce jour une aventure coûteuse et peu rentable. Bloomberg rappelle qu'à son arrivée à la direction de l'entreprise en 2006, Paul Otellini, l'actuel DG, avait décidé de tirer un trait sur les 5 milliards de dollars engagés par le groupe dans les communications mobiles.

Le géant des puces pour ordinateurs, qui fournit également des mémoires non volatiles destinées au stockage de données, est toujours resté à la traîne de ses deux principaux concurrents, Texas Instruments et Qualcomm, pour équiper le "cœur" des téléphones portables. Texas Instruments est leader mondial des composants pour applications mobiles avec une part de marché de 43,3%, selon Forward Concepts, devant Toshiba, ST-Ericsson, Marvell et Samsung.

Parts de marché

Nokia, de son côté, domine largement le marché des téléphones portables, mais fait face à l'arrivée de concurrents plus innovants que lui – RIM, Apple, voire Palm – qui lui ravissent des parts de marché sur les segments connaissant les croissances les plus rapides, comme les smartphones. Au cours du premier trimestre 2009, la part de marché du géant des portables a chuté à 41,2%, contre 45,1% un an plus tôt. Les ventes des smartphones représentent 13% du chiffre d'affaires de Nokia – 468 millions de téléphones l'an dernier.

Le finlandais n'a réagi que tardivement à la charge de ses concurrents. Il vient juste de lancer un "appstore", et encore avec quelques ratés. En outre, les outils fournis aux développeurs d'applications sont bien moins faciles et attrayants que ceux proposés par Apple, par exemple. Un frein qui pourrait limiter l'offre d'applications et de services, qui constituent pourtant un élément clef dans la conquête de clients.

Innovation

L'ambition des deux géants est donc claire. D'un côté, Intel veut devenir l'un des cinq géants des puces pour mobiles. De l'autre, Nokia veut rester leader de son marché et disposer des moyens de rester innovant face à de nouveaux concurrents. Les deux géants ont un atout de taille: le cash dont il dispose et des marges importantes assurées par la domination de leur marché respectif. Il ne leur reste plus à montrer qu'avec tout cet argent, ils sont capables d'être en avance sur le marché.

"Ils [Intel] rêvent de remporter un contrat significatif chez Nokia", explique Jim McGregor, analyste chez In-Stat, cité par l'agence Bloomberg. "C'est une grosse annonce et ils sont un acteur de poids. La seule question est de savoir s'ils seront capables d'arriver avec un produit".