Le Net un peu moins américain

Guillaume Guichard

— 

Le Net s'émancipe -un peu- de la domination des Etats-Unis. Jusqu'à présent, Washington exerçait un contrôle quasiment sans partage sur l'ICANN, organisme-clé dans la gouvernance du réseau gérant les extensions de noms de domaine (les .fr, .com.net,…). Sous la pression internationale -surtout européenne-, le Département américain au Commerce a révisé son contrat avec l'ICANN afin d'instaurer une supervision multilatérale de l'organisme.

L'ICANN devra désormais prendre en compte les recommandations de quatre comités d'audit thématiques, composés de représentants des gouvernements, de membres de l'ICANN et de spécialistes indépendants. Ces groupes d'évaluation seront consultés tous les trois ou quatre ans et l'organisation s'engage à suivre leurs avis dans un délai de six mois.

Panels indépendants

"L'ICANN ne sera plus sous l'influence exclusive du département américain au Commerce, mais sous la supervision de panels indépendants", s'est félicité la Commission européenne. Ce nouvel accord, selon le directeur général de l'organisation, l'Américain Rod Beckstrom, "accorde aux parties prenantes du monde entier une voix plus forte pour peser sur nos décisions".

Mais quel poids auront réellement ces nouveaux comités? "Tout dépendra de la pratique", observe Loïc Damilaville, de l'AFNIC, qui gère les noms de domaines en ".fr", contacté par E24. "L'ICANN s'engage à respecter les recommandations, mais que se passera-t-il s'il elle ne s'y soumet pas?".

De fait, Washington continue à verrouiller son contrôle sur l'ICANN. Rod Beckstrom, nommé à son poste à la mi-2009, est un vétéran du département américain à la Sécurité intérieure. Le président du conseil d'administration est un anglo-saxon, le Néo-Zélandais Peter Dengate Thrus.

Domination américaine

"Détail important, le cœur du pouvoir sur Internet, c'est-à-dire la capacité d'ajouter ou de supprimer les extensions, demeure entre les mains du département américain au Commerce", rappelle Loïc Damilaville. "L'essentiel de la domination américaine sur l'ICANN n'est donc pas touché pas cette réforme".

Difficile de savoir quel sera l'effet concret de cette réforme sur le fonctionnement de l'ICANN. La prochaine réunion générale de l'organisation, qui se tiendra en octobre à Séoul, devrait apporter quelques réponses. Notamment sur les rapports de force entre groupes d'intérêts au sein des comités. "La composition des panels promet des tractations intenses entre les acteurs du Net", selon Loïc Damilaville. En dernier lieu, l'ICANN et les gouvernements trancheront.