Un nouveau patron pour l'Icann

Guillaume Guichard

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L'Icann s'est choisi un nouveau patron. Réunis en sommet à Sydney, le conseil d'administration de l'organisme chargé d'administrer les noms de domaines au niveau mondial a nommé Rod Beckstrom président de l'Icann. Un symbole de la mainmise des Etats-Unis sur l'organisation: il n'est autre que l'ancien directeur du Centre national de la cybersécurité américain (NCSC).

Véto

Le choix de Rob Beckstrom n'est pas étonnant. "Les Etats-Unis bénéficient d'un droit de véto sur les décisions du conseil d'administration de l'Icann", explique Loïc Damilaville directeur adjoint de l'AFNIC, l'Association française pour le nommage Internet en coopération, qui gère l'extension .fr. "Le département américain au Commerce peut donc bloquer la nomination d'un candidat qui lui déplaît".

Pour autant, Rob Beckstrom n'est pas un chaud partisan du contrôle accru des Etats sur le réseau. En démissionnant récemment de son poste au NCSC, il s'était plaint du rôle grandissant de la National security agency (NSA), spécialisée dans l'espionnage des réseaux, rapporte le Financial Times.

Excepté cette nomination, la réunion de Sydney n'a pas permis de grandes avancées sur les autres sujets. Concernant la libéralisation des extensions de noms de domaine, "les grands groupes et les bureaux d'enregistrement ont continué à se renvoyer la balle concernant la protection des marques", explique Loïc Damilaville.

".fleur"

L'Icann proposant de permettre la création d'extensions comme ".cocacola" ou ".fleur", les entreprises craignent des atteintes à l'utilisation des marques. Les bureaux d'enregistrement, eux, y voient un relais de croissance. Aucune des deux parties ne veut cependant prendre à sa charge un système de protection des noms de marque, mettant en avant les coûts que cela engendrerait.

Le calendrier de la commercialisation des nouvelles extensions a toutefois été précisé cette semaine à Sydney: ouverture des premiers appels à candidatures au printemps 2010 en vue de l'arrivée des nouvelles extensions avant la fin de l'année. En attendant, deux nouvelles extensions moins polémiques devraient être mises en place assez rapidement: le ".rs" russe en alphabet cyrillique et le ".cn" en caractères chinois.

Jokers

Seule avancée du sommet, "l'Icann s'est montrée ferme à l'encontre des "jokers", une utilisation malsaine du système des noms de domaine", rapporte Loïc Damilaville. La fonction "joker" permet à des domaines comme le .cm (Cameroun) d'afficher une page qui n'existe pas forcément lorsqu'un internaute se trompe d'adresse et oublie de taper "o" du ".com", par exemple. Pour ces petites extensions, "le joker représente une manne inespérée grâce au trafic généré", explique le directeur adjoint de l'AFNIC.

Les membres de l'Icann ont pris rendez-vous pour un prochain sommet à Séoul, fin octobre.