Le grand emprunt aggravera la dette en 2010

Thibaud Vadjoux

— 

Le budget 2010, présenté mercredi matin en Conseil des ministres compte parmi les absents: le grand emprunt. Les deux anciens premiers ministres, Alain Juppé et Michel Rocard, chargés d'en définir les modalités ont encore jusqu'à la fin octobre pour rendre leur copie pour délimiter son montant et ses axes prioritaires.

Mais quel que soit son niveau, il viendra aggraver le poids déjà énorme de la dette publique de l'Etat envisagée pour 2010 ce qui rendra nécessaire un nouveau débat public à l'Assemblée alors que le budget 2010 aura déjà été voté. Le grand emprunt devrait être en effet intégré dans une loi de finances rectificative en janvier, selon Didier Migaud, le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, interrogé par l'AFP.

Une nouvelle dette...

Eric Woerth a exclu que le grand emprunt atteigne 100 milliards d'euros, lors de l'émission C politique sur France 5, dimanche 27 septembre, comme l'avait annoncé certains. Mais pour Michel Sapin, l'ex-ministre PS de l'Economie, le grand emprunt s'ajoutera "aux 115 milliards de déficit annoncé. C'est à dire que le gouvernement nous annonce le même niveau de déficit pour l'année prochaine que cette année (140 milliards d'euros, ndlr). Cela devient totalement insupportable".

Selon le communiqué de l'Agence France Trésor qui gère la dette de l'Etat, celui-ci aura déjà besoin de 212 milliards d'euros en 2010 qu'il souscrira sur les marchés.

...pour faire oublier la dette

"Ce sont les priorités qui détermineront le volume de l'emprunt", a expliqué Eric Woerth. Dans un entretien accordé aux Echos, le patron des députés UMP, Jean-François Copé est plus précis. Les députés de la majorité ont listé une série de priorités: "investissement dans les technologies de la dépollution et les énergies renouvelables" (panneaux solaires...), financement de "la recherche sur les implants médicaux avec puces", "réflexion sur les nouvelles technologies culturelles, comme les jeux vidéo en 3D ou la télévision holographique".

En clair, le grand emprunt doit servir à financer des dépenses d'investissement que l'Etat ne finance plus. Car, comme le rappelle Laurence Boone, chef économiste France chez Barclays Capital, "sur les dépenses (de l’Etat) financées par endettement, seules 5% servent à financer des investissements, le reste étant réparti entre dépenses de fonctionnement (frais généraux, 15%), transferts sociaux (23%), salaires des fonctionnaires (plus de 40%) et charge de la dette (autrement dit le paiement des intérêts, 15%).

Le grand emprunt fait pourtant partie de l'endettement classique. Il renouvelle seulement le genre en offrant un habillage politique, presque patriotique en faisant appel directement à l'épargne des Français. Sauf qu'il sera plus coûteux pour les finances de l'Etat. Il faudra en effet accorder une prime d'intérêt à cet emprunt par rapport aux produits classiques de financement de la puissance publique (OAT, BTAN, BTF).