GM dépose le bilan, Chrysler sort du processus judiciaire

D.H. avec AFP

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General Motors versus Chrysler. Le constructeur automobile américain General Motors, après un règne de près de 80 ans sur l'automobile mondiale, a déposé le bilan lundi 1 juin devant le tribunal du district sud de New York, quelques heures après que son petit concurrent Chrysler eut obtenu le feu vert de cette même juridiction pour sortir du processus judiciaire.

Nouvelle entité

Dimanche soir, le gouvernement américain avait déjà annoncé que GM allait entreprendre une restructuration draconienne sous perfusion financière de l'Etat, après que le constructeur eut échoué à redresser ses finances. Washington avait alors dévoilé les points-clés de son plan pour GM. Il prévoit notamment la création d'une nouvelle entité, détenue dans un premier temps à une très large majorité par les gouvernements américain et canadien (à 72,8%) et allégée de ses actifs les moins intéressants.

L'Etat américain apportera 30,1 milliards de dollars, l'Etat canadien et la province d'Ontario --où GM possède de nombreuses usines-- 9,5 milliards. Un fonds à gestion syndicale recevra 17,5% et les détenteurs d'obligations 10%. Le Président Barack Obama a qualifié ce plan de "réaliste et fiable", et souligné que son objectif était que l'Etat fédéral se désengage "rapidement". "C'est un moment décisif dans l'histoire de GM", a commenté le directeur général Fritz Henderson.

Futur GM

Le futur GM sera "une entreprise plus petite, plus centrée sur le consommateur et à la structure de coûts plus compétitive", où les actuelles implantations à étranger, notamment en Chine, contribueront fortement aux résultats. Il a précisé que le plan était calé sur une part de marché de GM réduite à 18,5% aux Etats-Unis, contre 22% l'an dernier.

Feu vert pour Chrysler

GM va suivre une procédure de redressement judiciaire accélérée, à laquelle Chrysler a eu également recours, ce qui a permis à ce dernier de faire valider sa restructuration en un mois. Chrysler a obtenu dans la nuit de dimanche à lundi le feu vert de la justice à son plan de sortie de faillite. Celui-ci repose sur l'émergence d'une nouvelle entité coiffant les actifs les plus sains de l'ancien Chrysler. Le consortium de repreneurs comprend l'Italien Fiat, mais aussi un fonds à gestion syndicale et les gouvernements américain et canadien. Reste que le retour à la normalité de Chrysler ne sera pas aussi rapide qu'espéré: des fonds de l'Etat de l'Indiana, détenteurs d'obligations Chrysler, ont fait appel de la décision de justice. Il sont hostiles à la restructuration de la dette garantie du groupe, qui a été annulée aux deux-tiers.

Fiat pressé

D'autres parties prenantes --comme le quart des concessionnaires du groupe promis à la disparition-- pourraient aussi lancer des recours dans les 10 jours suivant la décision du juge. Le temps presse: Fiat, qui attend depuis janvier de finaliser son alliance avec Chrysler, a fait savoir qu'il pourrait jeter l'éponge si aucun accord n'est en place au 15 juin, échéance qui pourrait être dépassée en cas d'appel.

Seconde chance

Mais "il y a une énorme pression du gouvernement américain pour que Chrysler sorte rapidement du régime de faillites", relativise une source proche du dossier, en ajoutant qu'un succès de la procédure était d'autant plus vital chez Chrysler qu'elle doit servir de modèle pour celle de GM. Le président Obama a salué lundi la décision de justice, soulignant que "grâce à l'engagement substantiel de la part du gouvernement américain et aux difficiles sacrifices consentis par toutes les parties concernées, Chrysler dispose d'une seconde chance".

GM aura besoin de plus de temps pour son redressement judiciaire, étant trois fois plus gros que Chrysler. Un délai de 60 à 90 jours semble réaliste, ont répété Fritz Henderson et les responsables gouvernementaux.