Ces diplômés qui fuient vers le Maroc

Julien Beauvieux

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Nawal El Kahlaoui, une Française d'origine marocaine, a décidé de prendre son destin en main. Faute d'opportunité, cette jeune femme de 35 ans, née près de Paris et fille d'un Marocain venu en France pour exercer la profession de mécanicien, est retournée au Maroc après ses études pour trouver un emploi, explique-t-elle au Wall Street Journal.

Avec deux diplômes, un en chimie et un en marketing, Nawal El Kahlaoui n'arrivait pas à trouver un emploi intéressant en France. "J'aime le Maroc, car ce pays m'a donné ma chance", explique aujourd'hui cette consultante à Casablanca. Avant ce poste, elle a réussi à décrocher au Maroc un emploi dans le groupe pharmaceutique français Pierre Fabre, puis le fabricant de cosmétiques allemand Beiersdorf.

Le phénomène concerne toutes les origines nationales, mais plus particulièrement le Maroc. Avec une croissance qui devrait encore atteindre les 4% cette année et une ouverture de plus en plus grande aux sociétés étrangères, le pays attire les multinationales. Les jeunes diplômés français d'origine Marocaine sont particulièrement recherchés, car il s'agit d'une main-d'œuvre qualifiée également capable grâce à ses racines de comprendre la culture locale.

De leur côté, les Français qui reviennent vers leurs racines accèdent à un niveau de vie confortable étant donné le faible coût de la vie. Heureuse, Nawal El Kahlaoui espère un jour revenir en France, "quand le système pourra accepter les gens comme moi".

Les études françaises sur le sujet ne sont pas légion, en raison du peu de statistiques éthiques officielles. Mais toutes concordent. Dans leur article Mobilité intergénérationnelle et persistance des inégalités (2005), Dominique Meurs, Ariane Pailhé et Patrick Simon notait ainsi un "plus grand différentiel entre le niveau scolaire et les opportunités offertes sur le marché de l’emploi" dans les populations immigrées et d'origine immigrées.

"Si une modification substantielle des formes d’activité est intervenue d’une génération à l’autre, les secondes générations (descendants d'immigrés, ndlr) connaissent toujours d’importantes difficultés pour entrer sur le marché du travail", conclut l'étude, basée sur l'enquête Etude de l’Histoire Familiale de l'INSEE (1999). "Ce handicap d’une origine héritée témoigne de l’existence de discriminations", ajoute les auteurs.

Dans son étude "Les étrangers: une main d'œuvre à part" (1991), Eric Maurin concluait, sur la base du recensement de 1982, qu'il existait une "spirale de la précarité". Il calculait notamment un risque de chômage supérieur de 79% pour les Maghrébins par rapport à la référence française.

Les choses évoluent, mais très lentement. Pendant ce temps, d'autres Français dans le même cas que Nawal El Kahlaoui franchissent le pas. Les parents de Barka Biye ont quitté le Maroc quand elle avait juste 2 mois. Juriste, elle a travaillé plusieurs années en France avant de faire le grand saut. "Je pensais que je pouvais participer à mon niveau aux grandes évolutions à l'œuvre dans ce pays", résume Barka Biye, aujourd'hui cadre chez un assureur français à Casablanca. Un poste glané après seulement deux semaines de recherche.