Le commerce de phoques banni de l'Union Européenne

A.-C.B avec AFP

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Les pays de l'Union européenne ont entériné, lundi 27 juillet, une interdiction du commerce des produits dérivés du phoque. Et ce malgré les réticences du gouvernement canadien, principal pays concerné. Le Canada a ainsi décidé de riposter en saisissant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) quelques heures après, selon l'AFP.

Décision acquise

Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont avalisé cette interdiction approuvée en mai dernier par le Parlement européen au cours d'une réunion à Bruxelles, a annoncé la présidence suédoise de l'Union européenne. Il s'agissait d'une adoption purement formelle, la décision étant acquise depuis longtemps.

Le Danemark, la Roumanie et l'Autriche se sont abstenus lors du vote, tous les autres ont voté pour.

Embargos

L'embargo entrera en vigueur pour la prochaine campagne de chasse, en 2010. La fermeture des marchés de l'Union européenne s'ajoute à des embargos déjà décrétés par les Etats-Unis et le Mexique, principaux partenaires commerciaux du Canada.

Les autorités canadiennes avaient invité la veille les pays européens à reconsidérer cette interdiction, menaçant de saisir l'Organisation mondiale du commerce si l'Union européenne ne prévoyait aucune "dérogation acceptable" pour la chasse canadienne.

"La menace brandie par le Canada est un baroud d'honneur, un coup d'épée dans l'eau", a pour sa part assuré Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot. Pourtant le Canada a bien mis à exécution sa menace en décidant de saisir l'OMC dans la foulée.

Sans cruauté

"Le Canada a clairement honoré ses obligations et notre position est que toute interdiction visant les produits provenant d'une chasse sans cruauté, comme elle est pratiquée au Canada, est totalement injustifiable", ont affirmé dans un communiqué les ministres du Commerce, Stockwell Day, et des Pêches, Gail Shea. Cette dernière estime "qu'il s'agit là d'une violation des engagements de l'Union européenne auprès de l'OMC".

Au contraire, "le règlement a été préparé soigneusement afin de s'assurer qu'il respecte toutes nos obligations internationales", a déclaré dans un courriel à l'AFP Lutz Güllner, porte-parole de la commissaire européenne au Commerce, Catherine Ashton.

Lobbyistes

Pour Gail Shea l'Union européenne s'est fait "influencer" par la "propagande sans fondement" des "lobbyistes professionnels anti-chasse aux phoques".

Ottawa a autorisé cette année l'abattage de 338.000 phoques, en affirmant que la survie de l'espèce n'était nullement menacée. La chasse a cependant été moins importante en raison d'une baisse des marchés.

900.000 tués

Le Canada, le Groenland et la Namibie tuent 60% des 900.000 phoques abattus chaque année. Les autres pays de chasse sont la Norvège, la Russie, les Etats-Unis et l'Islande.

Les organisations de défense des animaux ont quant à elles salué l'interdiction européenne "qui répond aux attentes des citoyens".

"Nous espérons que la chasse commerciale va continuer à décliner ", a souligné Lesley O'Donnell, directeur pour l'Europe du Fond international pour la protection des animaux (IFAW).

Islande

L'Europe autorise seulement la vente "à des fins non lucratives" des produits provenant de la chasse traditionnelle pratiquée par les communautés inuites.

Cette question pourrait constituer un dossier épineux dans les négociations à venir en vue de l'adhésion de l'Islande à l'Union européenne, tout comme l'opposition de principe des Européens à la chasse à la baleine dans les instances internationales.