Les désaccords entre Etats ont coulé la Commission baleinière

A.-C.B avec AFP

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Les 85 Etats membres de la Commission baleinière internationale (CBI) ont démontré une nouvelle fois cette semaine, lors de leur 61e réunion annuelle sur l'île portugaise de Madère, leur incapacité à surmonter les "désaccords fondamentaux" qui les divisent, selon l'AFP.

Créée en 1946 par 15 pays baleiniers, l'unique organisation mondiale de régulation de la chasse aux grands cétacés est paralysée depuis de nombreuses années par des divergences profondes et semble-t-il irréductibles entre ceux qui continuent de chasser la baleine et ceux qui s'y opposent.

Alors que les pays baleiniers, le Japon en tête, réclament la levée de l'interdiction de la chasse commerciale à la baleine considérant que l'espèce n'est plus menacée, les pays "écologistes" veulent pérenniser le "moratoire" en vigueur depuis 1986 et transformer la CBI en une institution de protection des grands mammifères marins.

La CBI s'octroie un an de sursis en plus

A Madère, la CBI, reconnaissant des "désaccords fondamentaux" entre ses membres, s'est donnée une dernière année de sursis pour trouver un compromis en prolongeant jusqu'en 2010 les négociations entamées l'an dernier par un "groupe de travail réduit", chargé de réfléchir à son avenir et faire avancer les sujets jugés les plus urgents.

"Nous devons rétablir un consensus sur ce qu'est la CBI et ce qu'elle doit faire", a résumé le nouveau président de la Commission, le Chilien Cristian Maquieira, élu en remplacement de l'Américain William Hogarth.

En attendant, et pour préserver une ambiance souhaitée "constructive", la CBI a évité, pendant ses quatre jours de travaux, toute décision susceptible d'ouvrir une confrontation, ajournant les débats sur la seule question devant faire l'objet d'un vote: la demande du Danemark pour reprendre la chasse à la baleine à bosse au Groenland.

Faute de sujet à débattre, tant les positions sont diamétralement opposées, la réunion a été abrégée, se terminant une journée plus tôt que prévu.

Les défenseurs de l'environnement déçus

"La stratégie qui consiste à éviter toute décision ne résoudra aucun problème", déplorait jeudi soir l'écologiste Nicolas Entrup de la Société pour la conservation des baleines et des dauphins (WDCS).

Si les défenseurs de l'environnement ont été les seuls à exprimer franchement leur déception voire leur colère à l'issue d'une "nouvelle réunion pour rien", plusieurs délégations ne cachaient pas leur pessimisme sur l'avenir d'une organisation tiraillée entre deux camps antagonistes.

Le Japon a certes réaffirmé son engagement à poursuivre ses efforts en vue d'arriver à un "accord intérimaire" mais le délégué nippon Joji Morishita a averti qu'il était "impératif" de conclure cet accord en 2010, faute de quoi "l'avenir de la CBI sera sérieusement remis en question".

Très engagée dans le combat pour la défense des baleines, l'Australie a refusé de "signer un chèque en blanc pour des consultations sans fin" par la voix de son ministre de l'Environnement Peter Garrett, qui a dit attendre des gestes supplémentaires sur la pêche prétendument "scientifique" que mène le Japon, notamment dans les eaux de l'Océan Antarctique.

La Norvège interrompt la chasse

Sur les 1.936 baleines tuées l'an dernier, plus de la moitié ont été harponnées par la flotte baleinière nipponne, soit plus que l'ensemble des cétacés pêchés par la Norvège et l'Islande, seuls pays de la CBI à avoir rejeté le moratoire de 1986 et pratiquant officiellement la chasse commerciale.

La Norvège a cependant annoncé, mercredi 24 juin, qu'elle interrompait la chasse à la baleine car la demande est saturée. Cette annonce est faite en plein milieu de la saison qui court d'avril à octobre et alors que moins de la moitié du quota de 885 cétacés a été prise.

Mais "il n'est pas exclu que la chasse reprenne plus tard si de nouveaux acheteurs se manifestent", a précisé M. Godtliebsen, chef des ventes de Norges Raafisklag, l'organisation norvégienne de distribution des produits de la pêche.

Si pour Greenpeace cela montre le désintérêt croissant des consommateurs pour la viande de baleine, pour Lise Mangseth, chef du marketing de Norges Raafisklag, c'est la crise financière qui dissuade les usines de congeler et entreposer la viande comme elles le font d'ordinaire, pour économiser les coûts de stockage. Plus généralement, "il s'agit de problèmes d'organisation plutôt que d'un problème de demande", a-t-elle déclaré.

Jeudi 25 juin au soir, Greenpeace a appelé à un "changement fondamental" au sein de la CBI qu'elle souhaite voir "se moderniser pour travailler pour les baleines et non pour ceux qui les pêchent".