Juncker: prudence sur l'emprunt national

T.V avec AFP

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Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a apporté, lundi 6 juillet, un soutien prudent à l'

emprunt national
annoncé par le président français Nicolas Sarkozy, soulignant que Paris devrait continuer à garder le cap sur la réduction des déficits. "J'ai compris dans les propos du président de la République qu'il comptait financer par voie d'emprunt les investissements qui serviront les besoins et les intérêts des générations" à venir, a déclaré M. Juncker, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) qu'il préside.

Le ministre français du Budget, Eric Woerth, a réaffirmé lundi que les fonds dégagés ne financeraient que des "dépenses d'investissement" rentables pour les générations futures, et en aucun cas les dépenses courantes de l'Etat.

Cependant, dans une mise en garde voilée à la France, M. Juncker a ajouté qu'il "voulait comprendre la proposition (...) comme ne voulant pas dire que la France n'appliquerait pas avec toute la discipline et la rigueur voulues les règles qui nous sont communes en matière de consolidation des finances publiques, le jour où la reprise sera là". L'emprunt national va en effet creuser

la dette
de la France, qui enfle déjà dangereusement avec la crise. En 2009, la dette publique pourrait atteindre 75% du PIB contre environ 68,1% au début de la crise au troisième trimestre 2008 et 63% en 2007. En cause: le dérapage du déficit public qui devrait atteindre 7 à 7,5% tant en 2009 qu'en 2010, un chiffre bien supérieur à la limite de 3% autorisée par Bruxelles. Or les pays européens sont d'accord pour dire qu'il sera important, le jour où la croissance reviendra, de réduire les déficits induits par la pire crise économique qu'ait connue le continent depuis 1945.

La France tente de rassurer ses partenaires en séparant les "bons" et "mauvais" déficits. Les fonds ainsi dégagés, dit-elle, ne financeront que des "dépenses d'investissement" pour les générations futures, et non les dépenses courantes de l'Etat. Mais cette distinction ne convainc pas non plus la Suède qui préside l'UE. "Faire une telle différence laisse la porte ouverte à tous les dérapages" en Europe, dit un membre du gouvernement suédois, sous couvert de l'anonymat.