Avec qui peut se marier Peugeot SA?

Guillaume Guichard

— 

Constructeur français cherche alliance ou échange capitalistique. Le message envoyé ce mardi par la famille Peugeot, actionnaire de référence du constructeur automobile du même nom, est clair: Peugeot ne veut plus continuer sa route seul.

Mais alors que l'industrie automobile connaît la crise la plus grave de son histoire, avec qui pourrait bien s'allier le Français? Les analystes sont quasi-unanimes: il faut que le prétendant ne soit pas un inconnu et ait déjà noué des partenariats avec PSA. Et qu'il soit présent dans les marchés émergents, où le Français veut se développer.

Certains prétendants font déjà le pied de grue devant la porte de la belle. Ainsi, dès janvier, le patron de Fiat, Sergio Marchionne, a jugé qu'un rapprochement avec PSA Peugeot Citroën serait "un mariage béni des Dieux". Les deux constructeurs se connaissent bien: ils entretiennent de longue date des coopérations industrielles. Par exemple, ils développent ensemble une gamme de véhicules utilitaires depuis 1978.

Meilleur partis?

Reste que les prétendants les plus empressés ne sont pas forcément les meilleurs partis. Les deux constructeurs généralistes se ressemblent trop. Ils commercialisent des gammes similaires, sur les mêmes marchés, notamment européens. Un rapprochement entraînerait donc de lourdes et coûteuses restructurations. Tellement lourdes que certains, comme Gaëtan Toulemonde, analyste chez Deutsche Bank, n'y croient pas: "il y aurait trop de pertes en ligne". Sans compter que Peugeot s'est engagé à ne pas fermer d'usine sur les trois prochaines années après avoir accepté un prêt de l'Etat de trois milliards d'euros.

Moins lourd en coûts de restructuration, un rapprochement avec BMW a souvent été évoqué ces derniers mois. Les deux Européens sont complémentaires: l'Allemand est spécialisé dans le haut de gamme, le Français est un généraliste. Et ils travaillent déjà ensemble sur les moteurs à essence de 1,4 et 1,6 litre équipant les Peugeot 207, 308, les Citroën C4 et la BMW Mini.

Histoires de famille

Seulement, "BMW semble continuer de privilégier une stratégie d'alliances ciblés", rappelle un analyste dans une note. "En outre, la famille Quandt contrôle 47% des droits de vote [de BMW] et la capitalisation boursière de BMW s'élève à 16Md€, soit près de 3 fois celle de PSA". Traduction: une telle différence de poids rendrait difficile un mariage entre égaux souhaitée par la famille Peugeot.

Beaucoup plus petit, Mitsubishi, avec qui PSA a déjà noué des partenariats industriels dans la motorisation électrique, pourrait en revanche intéresser la famille Peugeot. Le Japonais est valorisé entre 5 et 6 milliards d'euros, contre 5,4 milliards d'euros pour Peugeot SA. Autre avantage, les deux constructeurs seraient fortement complémentaires au niveau géographique, Mitsubishi occupant principalement les marchés japonais, américain et asiatique. Problème, le Japonais n'est pas vraiment en position de force sur ces marchés et "rencontre des problèmes de taille critique", souligne Gaëtan Toulemonde. En d'autres termes, il ne vend pas assez de voitures. Sur le dernier exercice écoulé, il n'a vendu qu'un million de véhicules, contre 3,26 millions pour le Français.

Cette liste n'est pas exhaustive. D'autres constructeurs sont cités par les analystes, comme l'Américain Ford, en pleine restructuration, ou le Chinois Dong Feng, avec qui PSA a signé un accord sur les 4x4. Les noms défilent et, si le mariage parfait n'existe pas, PSA devra se décider rapidement. Dans ce secteur, le nombre d'acteurs est limité. "Il y a dix garçons et dix filles, il ne faut pas attendre trop longtemps pour se décider", explique Gaëtan Toulemonde. "Sinon, on se retrouve avec le ou la plus moche".