La voiture électrique passera-t-elle à travers la crise?

Anne-Sophie Galliano

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La crise va-t-elle mettre un coup de frein au développement de la voiture électrique? Oui, répondent les réfractaires au projet. Certainement pas, plaide Renault. "Certains projets sont repoussés mais pas la voiture électrique qui est stratégique pour le groupe. Nous avons investi 200 millions d'euros avec Nissan pour son développement, et 300 techniciens travaillent sur le projet", argumente le constructeur français.

Pourtant, sortir une voiture électrique en 2010, et 2011 pour la France, c'est miser sur une reprise de l'économie, et surtout une embellie. D'autant que certains observateurs sont persuadés que le prix d'une voiture électrique sera plus élevé que celui d'une voiture thermique. Faux rétorque Renault. "Le coût d'usage [qui comprend le coût d'achat, la maintenance, ndlr] sera égal voire inférieure aux autres véhicules".

Certes, mais les particuliers devront tout de même équiper leur garage d'une prise électrique spécifique pour recharger les batteries. Surtout, il faut que les infrastructures suivent et notamment le développement sur tout le territoire des stations de recharges. EDF y travaille mais le coût pourrait être exorbitant, pour un retour sur investissement peu intéressant, sachant que l'électricité ne coûte pas cher. A titre d'exemple, Boston Consulting Group avait indiqué que si 10% du parc allemand était composé de voitures électriques, 50 milliards d'euros d'investissements dans les infrastructures étaient nécessaires. EDF, pour sa part, se refuse à dévoiler le coût potentiel du projet.

Peu importe. Pour Renault, c'est à l'Etat français "de prendre des mesures fiscales incitatives, pour que cela devienne rentable pour une entreprise de développer des postes de recharges". Inutile de préciser que cela ne passera pas seulement par une aide de 5.000 euros pour les particuliers qui vont acheter ce type de véhicule.

Et EDF n'est pas le seul concerné. Les distributeurs, comme Carrefour, Casino ou encore Auchan pourraient installer des prises de recharge électrique sur leurs parkings pour faciliter le développement des voitures électriques. Renault ne néglige en tout cas aucune piste pour assurer le développement de ses futures voitures électriques. "Le marché ne peut pas être un marché de niche, mais forcément un marché de volume. D'ici à 2015, nous prévoyons de réaliser 15 à 20% de nos ventes via les voitures électriques", indique Renault. D'ailleurs, si les premières voitures sont des adaptations de modèles existants, comme la Laguna, en voiture électrique, une gamme entière propre à l'électrique est en préparation.

Un optimisme qui n'est pas forcément partagé. Pour BMW, "la voiture électrique ne rencontre pas toutes les demandes de mobilité. Les batteries restent très chères - la location d'une Mini coûtera 850 dollars par mois à la location", rapporte Wired. Et "l'électrique est intéressant si le baril de pétrole est très haut, pas à 45 dollars", rétorque un autre observateur.

Renault joue gros et surtout se retrouve en concurrence directe avec la voiture hybride, largement développée aujourd'hui. Nissan va en proposer une de luxe, Toyota se lance dans un modèle low-cost. Et pire, Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, a choisi l'hybride, la 308 Peugeot hybride (diesel-électricité). Normal puisqu'avec les voitures électriques, il est fortement déconseillé de sortir des villes. Avis aux amateurs de longs trajets.