"Le succès de Dacia est une réussite de Renault"

Propos recueillis par Delphine Halgand

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E24 - Comment expliquez-vous le succès de Dacia?

Rémi Cornubert - Le succès de Dacia est avant tout une réussite de Renault. La marque française a été un vrai précurseur, l'un des premiers constructeurs à croire en la voiture low cost. Renault a acquis Dacia à bon compte. Il a eu l'intelligence de moderniser la marque roumaine, de créer une vraie gamme à partir de la Logan, de déployer ses produits dans les pays émergents comme dans les pays mûrs.

L'autre réussite de Renault a été de ne pas dévaloriser un modèle existant, mais de partir d'une feuille blanche pour se lancer dans le low cost. Renault a réussi à créer une voiture populaire, comme à l'origine de la régie, au sens positif du terme donc. Les produits plaisent et ne sont pas chers. Aujourd'hui, Dacia est ainsi un actif important de Renault.

Pourquoi ça marche?

Dans les pays émergents, marché de la primo accession, les consommateurs avec leur budget arbitrent entre les voitures d'occasion et les neuves. Les Logan y trouvent donc parfaitement leur place.

Dans les pays matures, les consommateurs ont évolué. Ils n'ont plus le même rapport à la voiture. C'est, pour de plus en plus de gens, redevenu avant tout un moyen de transport qui doit être basique, fiable, robuste et sans statut. Les consommateurs sont de plus en plus plus sensibles aux prix.

Dacia privilégie les ventes dans les pays émergents et pourrait en vendre plus dans les pays mûrs.

Qu'a apporté Renault à Dacia?

Au-delà des investissements qui ont permis la modernisation de la société et de l'usine en Roumanie, du savoir faire industriel, de la maîtrise de la qualité et de la productivité, Renault apporte une garantie à la marque Dacia. Il offre la caution d'un grand constructeur à une marque low cost. Un consommateur fait davantage confiance à un véhicule low cost rattaché à un grand constructeur qu'à un véhicule low cost d'un constructeur chinois inconnu.

Comment envisagez-vous l'avenir du secteur automobile low cost?

Tout le marché de l'automobile ne va pas basculer dans le low cost. Il ne faut pas être dogmatique. Certes les véhicules low cost pourraient représenter 10% à 12% du marché à l'horizon 2015, mais pour autant le low cost ne va pas cannibaliser les gammes existantes.

Il est très important pour les constructeurs de rester présent dans chaque segment du marché. Renault a fait le bon choix en faisant de Dacia sa marque low cost en la différenciant ainsi des gammes existantes. Il faut garder à l'esprit que le haut de gamme a de grandes perspectives de développement dans les pays émergents. La Chine est tout de même déjà le deuxième marché d'Audi après l'Allemagne.

Pour des raisons d'économie d'échelle, les constructeurs low cost auront besoin d'être adossés à de grands constructeurs. Pour un nouvel entrant, se faire une vraie place semble très difficile.

On peut par ailleurs imaginer qu'à moyen terme de nouveaux circuits de vente se mettent en place pour le low cost, comme sur Internet, les options des Logan étant limitées et les prix fixes.