Le CAE plaide pour l'épargne-actions

Julien Beauvieux

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Les deux auteurs, Olivier Garnier et David Thesmar, défendent l'idée selon laquelle l'épargne des Français, aujourd'hui trop peu investie en actions, par précaution, gagnerait en performance en se réorientant vers ce type de placement. Exemple à l'appui.

Alors que l'épargne financière des américains n'a augmenté entre la fin 1994 et la fin 2008 que de 40%, contre 100% pour les bas de laine français, la richesse financière totale des ménages des deux pays a pourtant augmenté au même rythme. Le patrimoine financier des foyers américains aurait même été supérieur si la crise de 2008 ne l'avait pas amputé de 25%, contre seulement 6% du côté français.

Les fortes pertes qu'encaissent les épargnants investis sur les marchés actions lors des crises financières expliquent en partie le peu de goût des Français pour ce type de placement. Les actions cotées en Bourse représentent à peine 15% de leur patrimoine financier (qui ne représente lui-même qu'un tiers de leur richesse totale, l'immobilier correspondant aux deux-tiers restants), contre 40% outre-Atlantique. Selon le rapport, seulement un quart des ménages détient des titres, contre la moitié aux Etats-Unis et plus du tiers au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.

Cette aversion boursière tient également à l'Histoire. Selon les deux auteurs, la question de l'épargne a jusque-là été envisagée par l'Etat selon le prisme du financement de l'économie (logement social, privatisations, déficits publics,…). D'où la multiplicité des dispositifs d'incitation fiscale (Livret A, assurance vie). "Ces mécanismes ont eu un gros impact et ont poussé les épargnants vers l'épargne non risquée", explique David Thesmar.

L'assurance vie arrive ainsi en première position, avec environ 40% des placements financiers des Français, tandis que l'épargne liquide (OPCVM monétaires) atteint une part de près de 30%.

Les deux auteurs font cependant remarquer que le risque relatif des actions par rapport aux placements monétaires, bien que supérieur, a tendance à diminuer à mesure que la durée de l'investissement s'allonge. Le rapport note ainsi que les actions surperforment les obligations d'Etat dans 52% des cas pour une durée de détention d'un an, dans 72% des cas sur un horizon d'investissement de 5 ans, et dans 92% des cas sur 30 ans.

Pour gagner sur le long-terme, Olivier Garnier et David Thesmar recommandent également aux épargnants de diversifier leur portefeuille et de choisir les OPCVM en fonction des frais et non des performances passées.

De son côté, l'Etat devra travailler à une plus grande neutralité entre les produits d'épargne. "La fiscalité (…) de l'épargne est très complexe, peu lisible et instable", expliquent-ils. Pour corriger les "distorsions injustifiées en faveur de certains placements liquides ou peu risqués", il s'agirait en outre d'introduire une "une assiette et un taux uniques" pour déterminer les impôts, quitte à établir "un abattement forfaitaire à la base (…) et des exonérations" à l'épargne de long-terme. Et surtout d'éviter des incitations supplémentaires cherchant à encourager l'épargne en actions, qui ne feraient que compliquer davantage le code des impôts français.