Les salariés retirent les bouteilles de gaz de Nortel France

CV avec AFP

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News Fabris a fait donné des idées. Des salariés grévistes ont menacé de faire sauter l'entreprise Nortel à Châteaufort, dans les Yvelines, en liquidation judiciaire, après avoir installé une dizaine de bouteilles de gaz, a constaté mardi une journaliste de l'AFP. Ce mercredi, les bouteilles de gaz ont finalement été retirées.

"Aujourd'hui, on a une couverture médiatique; les bonbonnes c'était un acte symbolique fort pour dire qu'on nous poussait à l'extrême", a déclaré à l'AFP Christian Berenbach, délégué CFTC. "On n'est pas des terroristes ni des bandits, seulement les victimes d'une liquidation judiciaire programmée de longue date et d'un scandale financier", a-t-il ajouté.

"On a réussi à arracher une réunion cet après-midi avec l'administrateur français et l'administrateur anglais pour enfin parler de nos problèmes", a déclaré Denis Vinçon, l'un des quatre représentants des salariés grévistes, lors d'un assemblée générale devant le site."Enfin, ça bouge", a-t-il ajouté.

Cette réunion est prévue mercredi après-midi à Paris avec des représentants du personnel, l'administrateur français Me Franck Michael, ainsi qu'un administrateur anglais.

Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi doit aussi se rendre cet après-midi sur le site de Châteaufort pour rencontrer des salariés. Il s'y rend en raison de la bonne volonté des salariés qui ont retiré les bonbonnes de gaz. "Le ministre chargé de l’Industrie avait jugé inacceptable un tel recours au chantage et à la violence. La République ne peut pas fonctionner sous la contrainte et la menace. Et si chacun comprend le désarroi des salariés, ils prennent le risque avec de telles pratiques d’inquiéter voire de décourager les repreneurs potentiels des technologies qu’ils ont grandement contribué à développer", a d'ailleurs indiqué son ministère dans un communiqué.

Denis Vinçon a également annoncé qu'une délégation sera "reçue à Gif-sur-Yvette par Valérie Pécresse", ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, ce mercredi soir.

Nortel France SA, filiale française de l'équipementier en communication canadien et centre de recherches sur les technologies sans fil, a été placée en liquidation judiciaire le 28 mai. "Si les administrateurs ne prennent pas leurs responsabilités, le site risque de pêter", avait averti mardi 14 juillet l'un des quatre représentants des salariés grévistes sous couvert de l'anonymat.

Un représentant des salariés de Nortel a indiqué qu'ils demandaient 100.000 euros par personne licenciée.

Agir avant le 20 juillet

"Pour nous, il est impératif d'agir avant le 20 juillet", a indiqué un autre représentant, expliquant que le Comité d'entreprise donnerait alors son avis sur le plan de licenciement. "Si pour nous c'est fini le 20, ça sera fini pour tout le monde", a-t-il affirmé.

Un représentant syndical CFTC s'est montré plus modéré. "Les salariés sont très énervés", a-t-il indiqué. "On est des cadres trop gentils, il faut passer à la vitesse supérieure" dans la mobilisation, a-t-il ajouté. "Pour l'instant, on mène ces actions pour qu'on nous prenne en considération", a-t-il dit tout en assurant qu'il était "tout à fait possible que les salariés fassent exploser les bonbonnes de gaz".

De vaines actions

"On a déclenché des actions il y a presque deux mois et on est en grève depuis une semaine, mais on n'est pas pris au sérieux", a-t-il déploré. "On demande à avoir de vraies négociations, or depuis vendredi soir, les administrateurs ne sont plus revenus à la table des négociations", a expliqué ce syndicaliste. Une rencontre était prévue lundi 13 juillet avec l'administrateur anglais, Ernst & Young, mais elle n'a pas eu lieu. Les salariés imputent la responsabilité à l'administrateur français, Me Franck Michel, qu'ils accusent d'"obstruction".

Les bouteilles de gaz ont été installées mardi après-midi, à l'initiative de salariés grévistes et non de syndicalistes, a indiqué l'un de ces salariés. La méthode est tout à fait similaire à celle des salariés de l'usine en liquidation New Fabris à Châtellerault (Vienne), qui ont menacé dimanche de faire sauter leur usine au 31 juillet s'ils n'obtiennent pas chacun 30.000 euros.

Les salariés grévistes de Nortel avaient également prévu de bloquer ce mercredi la route D36, devant le site, de faire brûler des palettes et des pneus, et de manifester devant le siège à Boulogne-Billancourt de Bouygues Telecom, dont ils gèrent la fonction support.

Le tribunal de commerce de Versailles a assorti sa décision de liquidation d'une continuation d'activité en vue de la revente et fixé au 19 août la date limite de dépôt d'offres de reprise. Parallèlement, un plan social prévoit la suppression de 467 des 683 postes (dont 18 non-cadres). Leur licenciement sera effectif le 1er août.

Mais

en l'absence de reprise des activités de Nortel France SA, les employés devraient être licenciés
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