Le Smic ne devrait quasiment pas augmenter l'année prochaine

E.M. avec AFP

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Le groupe d'experts chargé de se prononcer sur l'évolution du Smic a de nouveau conforté le gouvernement dans son intention de ne pas donner de coup de pouce au salaire minimum, dont la prochaine revalorisation annuelle le 1er janvier devrait se limiter au minimum légal.

"Gestion prudente du Smic"

Ces experts recommandent, dans un rapport mis en ligne mardi sur le site du ministère du Travail, "une gestion prudente du Smic" et "à l'unanimité que la revalorisation du salaire minimum interprofessionnel de croissance devant prendre effet au 1er janvier 2010 corresponde à la stricte application des mécanismes légaux".

La hausse, dont l'annonce est prévue le 15 décembre, devrait donc, sauf surprise, tourner autour de 0,3% à 0,4%, selon le calcul des deux quotidiens économiques Les Echos et La Tribune. Cela se traduirait par 4 à 5 euros brut de plus sur la feuille de paye des salariés rémunérés au Smic et travaillant 35 heures hebdomadaire, qui touchent actuellement 1.337,70 euros brut, soit 1.051 euros nets.

Le Smic est calculé sur une base horaire de 8,82 euros (6,93 euros net). Un salarié français sur dix est directement concerné par le Smic, dont au moins 640.000 à temps partiel. En 2010, elle interviendra pour la première fois un 1er janvier, et non en juillet, afin de faciliter la mise à jour des grilles de salaire.

"Destructions d'emplois"

Selon les experts, cette nouvelle revalorisation "s'inscrit dans un contexte conjoncturel encore fragile" et "il ne faudrait pas compromettre la santé économique et financière des entreprises déjà fragilisée par la crise au risque d'étouffer le redémarrage de l'emploi qui devrait suivre, mais avec retard, la reprise de l'activité". "

Une évolution trop rapide du SMIC pourrait mener à "des destructions d’emplois, notamment peu qualifiés, et se retourner ainsi contre les travailleurs dont il est censé assurer la protection", ajoutent-il.

D'après eux, il faut à la fois "une politique de maîtrise des coûts salariaux et une politique appropriée de soutien au revenu des familles pauvres (...), via des transferts sociaux comme la Prime pour l'emploi (PPE) et le Revenu de solidarité active (RSA)". "La pauvreté est souvent liée à des périodes d'emploi insuffisantes sur l'année ou à un travail à temps partiel", argumentent-ils et "les dernières études de l’OCDE démontrent que les prestations liées au travail sont nettement plus efficaces que le salaire minimum pour lutter contre la pauvreté au travail, car mieux ciblées sur les ménages pauvres", selon eux.

Remise en cause du mécanisme de revalorisation

Ce groupe d'experts, dont la nomination pour quatre ans par le gouvernement était prévu dans la réforme de 2008, comprend cinq économistes: Martine Durand (OCDE), Gilbert Cette (Banque de France, proche de la CFDT), Francis Kramarz (Polytechnique, Crest), Etienne Wasmer (OFCE, Crest) et Paul Champsaur, ancien directeur général de l'Insee.

Dans leur rapport, ils s'interrogent enfin sur la pertinence du mécanisme actuel de revalorisation du Smic, qui fête ses 50 ans. "Nous n'avons pas vocation à toucher au mécanisme qui permet d'absorber l'inflation et d'être certain que les salariés au Smic progressent en pouvoir d'achat", a cependant réagi l'entourage du ministre du Travail, Xavier Darcos, auprès de l'AFP.