Aérien: le low cost espère attirer les hommes d'affaires

Thibaud Vadjoux

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Michael O'Leary, directeur général de Ryanair, affirme, lundi 3 novembre, dans une interview dans le quotidien allemand Tagesspiegel, que sa compagnie aérienne low cost va profiter de la récession économique en Europe. Le patron de Ryanair rappelle: "Chaque fois qu'il y a récession - et il va y avoir une récession importante en Europe - Ryanair croît plus rapidement et devient plus profitable". En octobre, la compagnie avait annoncé avoir enregistré une hausse de 20% du nombre de ses passagers en septembre par rapport au même mois de 2007, à 5,23 millions. En cumul sur les 12 derniers mois, le nombre de passagers transportés avait atteint 56 millions, pour un taux de remplissage de 81%, avait ajouté la compagnie début octobre."La demande pour des vols moins chers va augmenter, y compris auprès des hommes d'affaires qui représentent déjà 45% de notre clientèle", a ajouté O'Leary qui compte sur sept millions de passagers supplémentaires l'an prochain, soit un total de 65 millions.

Pourtant le climat dans l'aérien est difficile en raison du ralentissement général du traffic aérien et des prix du pétrole toujours élevés . L'association internationale du transport aérien (IATA) prévoit une baisse du traffic de 2,9% en septembre, la première depuis 2003, une année marquée par l'épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère, ou pneumopathie atypique). Sur un an, le traffic devrait baisser de 3,2%, anticipe l'IATA.

L'avenir du low cost

L'annonce optimiste du patron de Ryanair contraste avec le climat actuel qui règne dans le secteur aérien et en particulier dans le low-cost. Récemment, la compagnie à bas coût islandaise, Sterling Airways, a annoncé sa mise en faillite. La consolidation est appelée à s'accélerer dans le ciel des gros comme des petits transporteurs aériens. Skyeurope et Myair.com se rapprochent de plus en plus, envisageant peut-être une fusion.

Au delà des opérations de rachat, c'est le modèle du low-cost qui est en question. L'avantage prix des low-cost est fragilisé en période de crise, quoiqu'en dise Michael O'Leary. Pour les analystes, les compagnies à bas coûts sont plus vulnérables en dépit du fait qu'elles ont bel et bien arraché des parts de marché aux grandes compagnies. Avec son concurrent Easyjet, Ryanair doit supporter des prix du kérozène élevés tout en étant obligée de maintenir une offre bon marché. Les marges de manoeuvre s'amenuisent. Les compagnies aériennes à bas coût seront en effet certainement amenées à augmenter leurs tarifs, au risque de rompre avec leur image et leur avantage comparatif.

Les grandes compagnies pourraient reprendre leur revanche car elles sont plus solides sur le plan financier pour passer l'orage de la crise. C'est ainsi qu'Air France a déjà contre-attaqué en lançant dès l'été 2007 une "compagnie touristique" moyen-courrier, à mi-chemin entre charter et "low cost" baptisée Air France Soleil. Air France utilise une flotte d'une dizaine de Boeing 737-800 pour assurer des liaisons régulières et en charter vers des destinations "loisir" comme Agadir au Maroc et Tozer en Tunisie. Les vols sont disponibles auprès des voyagistes mais aussi en ligne, ce qui a fait en partie le succès des compagnies "low cost".