Crise du gaz: l'UE dépêche une mission à Moscou et Kiev

CV avec AFP

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Le ton commence à monter de nouveau entre Moscou et Kiev au sujet du gaz. Au point que

l'Union européenne, bonne cliente pour la Russie
, préfère, cette fois s'en mêler assez tôt. La Commission européenne envoie une équipe de hauts fonctionnaires à Moscou et à Kiev afin "d'établir tous les faits" sur la nouvelle crise du gaz qui oppose les deux capitales et menace l'UE, en vue du prochain sommet européen. Le président de la Commission José Manuel Barroso avait promis la semaine dernière à Moscou d'examiner les moyens d'aider l'Ukraine à régler ses factures de gaz russe, un sujet à l'ordre du jour du prochain sommet des 18 et 19 juin.

Mais la déplacement pourrait s'avérer moins urgent que prévu dans la mesure où le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a déclaré ce vendredi que l'Ukraine paierait dans la journée sa facture pour le gaz russe livré en mai. "D'ici une heure, le virement va partir", a-t-il dit à la mi-journée au cours d'une réunion du Conseil de sécurité et de défense nationale, selon par l'agence Interfax, .

La mission programmée à Moscou et à Kiev devait permettre de faire un rapport sur la situation destiné aux chefs d'Etat et de gouvernement européens lorsqu'ils seront réunis à Bruxelles, a précisé M. Barroso dans une lettre envoyée jeudi à la présidence tchèque de l'UE. "Je veux vous alerter, vous et vos homologues, sur les nouveaux problèmes potentiels sur l'approvisionnement en gaz russe via l'Ukraine", écrit José Manuel Barroso dans cette lettre adressée au Premier ministre tchèque Jan Fischer.

L'Ukraine a aussitôt salué la venue de la mission européenne. "Nous sommes ouverts. De surcroît, nous sommes prêts à inviter la partie russe" pour faire toute la lumière sur cette situation, a déclaré à des journalistes le représentant de la présidence Bogdan Sokolovski.

Pour sa part, Barroro a fait état dans sa lettre de son appel téléphonique avec le Premier ministre russe Vladimir Poutine, à la fin de la semaine dernière. "Il m'a dit que, du point de vue de la Russie, l'Ukraine a besoin d'environ 5 milliards de dollars pour acheter du gaz supplémentaire à Gazprom pour remplir ses réservoirs de gaz avant l'hiver" et "il veut que l'UE aide la Russie à concevoir une proposition de prêt pour l'Ukraine".

"Je crois que nous sommes tous conscients qu'une autre crise gazière aurait des implications sérieuses, non seulement pour nos voisins, mais aussi pour l'Union européenne et ses Etats membres", poursuit M. Barroso dans sa lettre. "Mais je veux aussi éviter tout jugement rapide sur les actions que l'UE devrait entreprendre. Donc je demande à une équipe de hauts responsables de la Commission d'aller à la fois à Moscou et à Kiev, pour vérifier, autant que possible, les faits", dit le texte.

Le président de la Commission entend aussi discuter de la question avec "l'industrie européenne du gaz".

Kiev a jusqu'à dimanche pour payer ses livraisons de gaz russe destiné à la consommation interne ukrainienne et à remplir les réservoirs souterrains ukrainiens en prévision de l'automne. Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a mis en garde mercredi l'Union européenne contre une possible nouvelle crise du gaz cet été en raison de l'intention de la Russie de cesser complètement l'approvisionnement via l'Ukraine si Kiev ne peut pas payer sa part. Sans solution financière, l'Ukraine sera "obligée de pomper le gaz destiné à l'Europe", a prévenu M. Poutine.

"Nous proposons que ce problème soit réglé avec l'UE. Mais toutes nos tentatives auprès de la Commission européenne ont été infructueuses. Nous n'avons eu qu'une seule et même réponse: nous n'avons pas d'argent pour l'Ukraine", a-t-il ajouté.

L'Ukraine est de tous les pays de l'ex-URSS celui dont l'UE est le plus proche. Elle octroie déjà une importante aide financière à Kiev, touché par une crise économique et politique profonde et sous perfusion du FMI qui lui a promis en novembre 16 milliards de dollars de prêts.

Un

précédent conflit russo-ukrainien
avait provoqué en début d'année deux semaines d'interruption des livraisons de gaz russe vers l'UE qui achète à la Russie un quart de ses besoins. Or 80% environ de ce volume transite par l'Ukraine.