UE: la présidence tchèque s'inquiète du creusement des déficits

E24 avec AFP

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Le ministre tchèque des Finances Miroslav Kalousek, dont le pays préside l'UE, s'est inquiété jeudi d'un trop grand creusement des déficits en Europe suite aux plans de relance nationaux annoncés et a réitéré ses réserves sur la baisse de la TVA chère à la France. "Il semble y avoir deux pôles dans nos discussions (au sein de l'UE): certains disent que nous devons combattre la crise par l'expansion" de l'économie grâce à des plans de relance, "d'autre disent que la crise doit être plutôt accompagnée par encore plus de rigueur dans la discipline" budgétaire, a dit le ministre, expliquant pencher pour la deuxième solution. "En effet, il y a un risque que si nous ne respectons pas la discipline, nous ayons de vrais problèmes pour financer les dettes", a-t-il dit lors d'une rencontre avec des journalistes à Prague.

Pendant la présidence tchèque de l'UE au premier semestre 2009, "je serai très assidu pour surveiller mes collègues des pays européens pour voir comment ils s'assurent d'avoir les liquidités nécessaires pour leur permettre de respecter leurs promesses", a-t-il ajouté. Miroslav Kalousek, soulignant qu'on ne pouvait "cacher les risques attachés" à ces politiques de relance, a insisté pour que ces mesures "soient à court terme" et qu'une fois la crise passée, on s'assure que "tout le monde reviendra à la discipline fiscale et budgétaire".

Soulignant que la crise économique actuelle était liée à un problème de "confiance" dans les marchés financiers et les banques, il a appelé les Etats à ne pas prendre des mesures qui "détérioreraient encore la confiance". Interrogé sur une éventuelle décision des ministres des Finances sur la question controversée des taux réduits de TVA d'ici mars, il a estimé que "s'il y a une bonne volonté, nous pourrons parvenir à un accord". Mais il a personnellement souligné qu'il n'était "pas un fervent avocat d'une telle mesure", notant qu'il n'y avait aucune "analyse solide" prouvant qu'une réduction de la TVA pouvait permettre d'augmenter les exportations ou de limiter la hausse des prix.

"Un certain nombre d'Etats membres croient que c'est une priorité pour eux et je respecte ça. Nous essaierons de trouver un compromis et un accord qui ne cause pas de tort à un autre, à cause de concurrence déloyale", a-t-il ajouté. "J'ai confiance dans le fait que nous parviendrons à nous mettre d'accord sur des limites raisonnables à la baisse de la TVA pour les services à forte intensité de main d'oeuvre. Et ce serait idéal si c'était une mesure temporaire", a ajouté le ministre.

La France milite depuis des années, en vain, en faveur de taux réduits de TVA dans la restauration notamment. Plusieurs pays dont l'Allemagne ou l'Autriche s'y opposent. Berlin, qui a récemment relevé son taux général de TVA, redoute d'être confronté à des revendications nationales similaires et de voir son déficit se creuser. En l'état actuel, les pays doivent fixer leur taux normal de TVA à un minimum de 15% (ils ont toute latitude pour le faire évoluer au-dessus de ce seuil) mais ne peuvent appliquer deux taux réduits compris entre 5 et 15% qu'à seulement certains biens et services figurant sur une liste restreinte. La Commission européenne veut l'élargir. Mais l'unanimité est requise sur les questions fiscales dans l'UE dès lorsqu'il s'agit de changer les règles, pour passer en-dessous du seuil de 15%.