Le Louvre et la Rmn se marchent sur les pieds

Thibaud Vadjoux
— 

 On sait ce que les produits dérivés peuvent drainer comme recettes mais aussi    comme ils peuvent susciter des exaspérations. Ici, le produit dérivé est une    paire de tongs "décalée", plutôt destinée au jeune    public. La rock star: la Joconde. Les fans qui se disputent son image: les    conservateurs du Musée du Louvre et les responsables de la Réunion des    musées nationaux (Rmn).  

 Les premiers (le Louvre) ont acquis une certaine autonomie dans la gestion de    leurs affaires (immobilier, personnel, édition…) grâce à un processus de    décentralisation lancé dès 1993. Le Louvre, devenu établissement public    administratif, s'est progressivement détaché de sa tutelle, le ministère de    la Culture et la Rmn.  

 Les seconds (la Réunion des Musées Nationaux) dont l'existence remonte à 1895,    ont pour principale mission d'acquérir et de mutualiser des œuvres d'art    pour l'ensemble des collections nationales. La Rmn a ainsi récemment    organisé les    expositions "Picasso et ses maîtres" ou encore "Le    grand monde d'Andy Warhol" au Grand Palais à Paris. La Rmn gère aussi    les espaces commerciaux des musées.  

 "L'affaire des tongs de la Joconde" 

 C'est là que le bât blesse. La bisbille a été rapportée lors des auditions    réalisées par la Mission d'évaluation et de contrôle de l'Assemblée    nationale (lire    le rapport d'information sur le Louvre). Des frictions, certes    anecdotiques, à propos de cette commercialisation, sont apparues entre ces    deux grandes institutions centenaires, révélant    une certaine jalousie quant à leurs trésors.  

 A la boutique du Carrousel du Louvre, la Rmn propose une ligne jeunesse dite "Joconde    décalée" dont la fameuse paire de tong (4 à 5.000 exemplaires    vendus par an à 9,90 euros). Le Louvre valide le produit en commission. Sans    trop enthousiasme car après coup, le Louvre se sent mal à l'aise par    l'étalage du produit dans les rayons du Carrousel même si la ligne décalée    permet d'engranger 100.000 euros de chiffre d'affaires.  

 "Le souci premier du musée est souvent l'image que la boutique va donner.    Il sera plus intéressé par un beau Sèvre, un beau moulage, une belle    chalcographie que par ce qui fait la marge et nourrit notre quotidien: la    ligne destinée au touriste qui souhaite rapporter un souvenir",    explique Thomas Grenon, administrateur général de la Rmn, lors de son    audition du 19 mars 2009, à l'Assemblée.  

 "Joconde décalée"  

 Le musée du Louvre était plutôt méfiant. Normal, "la    Rmn a oublié pendant deux ans de faire valider formellement des produits    dérivés par la commission produit", réplique Henri Loyrette,    président-directeur du Louvre, lors d'une autre audition.  

 Autre exemple de ses petites rivalités: la publication concurrente de deux    fascicules guidant le visiteur dans le musée, l'un vendu 15 euros par la Rmn    et l'autre abaissé à 12 euros par le Louvre...  

 L'autonomisation des musées, voie ouverte par le musée du Louvre, se heurte    encore à certaines résistances (gestion immobilière, recrutement et gestion    du personnel…). Mais, globalement, elle a été synonyme de bienfaits,    soulignent les députés qui soutiennent sa généralisation. Mais comme le    rapporte, Thomas Grenon, administrateur général de la Rmn, "la    vie est faite de petits détails qui empoissonnent les relations".