Vente Bergé-Saint Laurent: la Chine s'en mêle et réclame deux pièces

Catherine Vincent

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Seule ombre au tableau de la vente la collection Bergé-Saint Laurent: la Chine réclame la restitution de deux pièces selon elle volées à Pékin il y a un siècle et demi. Il s'agit de deux bronzes représentant une tête de lapin et une tête de rat de 30 et 40 cm de haut. Ils ont été réalisés au XVIIIe siècle d'après les dessins du Père jésuite Giuseppe Castiglione pour la fontaine zodiacale du palais d'été de l'empereur Qianlong, selon Le Monde. Les deux têtes de la collection Bergé-Saint Laurent, évaluées entre 8 et 10 millions d'euros pièce, faisaient partie d'une fontaine à eau composée des douze têtes d'animaux du calendrier chinois.

"Le droit de propriété de la Chine sur ces objets ne peut pas être remis en cause, ils doivent revenir en Chine", a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Jiang Yu selon l'AFP. "Mettre aux enchères des pièces pillées en temps de guerre non seulement blesse les sentiments du peuple chinois mais porte atteinte à ses droits culturels, tout en violant les conventions internationales", a-t-elle poursuivi. Un juge des référés de Paris doit statuer lundi sur un référé de l'Association pour la protection de l'art chinois en Europe (Apace) qui entend bloquer la vente des deux objets, prévue mercredi. Ce référé qui vise la maison d'enchères Christie's sera examiné lundi à 11h30, soit avant la vente qui est prévue à partir de 19h. La décision devrait être connue à 18h.

Cependant, des obstacles légaux risquent d'empêcher ces poursuites. Le droit international qui interdit le commerce illégal d'oeuvres d'art et de biens culturels ne peut être appliqué dans le cas de biens volés dans les années 1860.

A Paris, Christie's a souligné être dans la légalité. "Aucune action n’a été engagée par qui que ce soit concernant les têtes pour la bonne raison que tout est légal", a déclaré un porte-parole de la maison.

Cinq des douze têtes - le singe, le buffle, le tigre, le cheval et le cochon - ont été récupérées ces dernières années par la Chine, achetées par le groupe Poly, conglomérat public dépendant de l'armée, et par le milliardaire hongkongais Stanley Ho, notamment lors d'enchères. Quatre sont actuellement exposées dans un musée de Pékin appartenant au groupe Poly. Depuis 2002, le Fonds du patrimoine national de Chine, un organisme non-gouvernemental, tente de récupérer des objets artistiques pillés. Grâce au soutien d'un riche homme d'affaires, ils ont pu racheter il y a quelques années l'une des 12 têtes. Cependant, il n'exclut pas le recours à la voie diplomatique. "Nous voulons rappeler à tout le monde que ces objets culturels doivent revenir en Chine et cela peut se produire grâce à des discussions et à une coopération", dit Niu Xianfeng, directeur adjoint du Fonds.

Car le gouvernement chinois s'en tient a une position de principe : il réclame le retour des pièces pillées, mais refuse de payer.