Musées nationaux: l'exposition Picasso révèle le malaise

Catherine Vincent

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Un final magistral! Pour terminer l'exposition en beauté, le Grand Palais ouvre les portes de Picasso et les maîtres pendant tout le week-end (de vendredi 30 janvier 9h à lundi 2 février 20h. Avec cette ouverture non-stop pendant 4 jours et 3 nuits, le budget prévisionnel de l'exposition a augmenté. "On dépasse légèrement les 5 millions", nous a indiqué la Réunion des Musées Nationaux (RMN), producteur de l'événement, qui tablait sur un budget initial de 4,2 millions d'euros. L'opération coûte cher. 40 personnes seront sans cesse sur le site pendant ces 83 heures (surveillance extérieure, intérieure, administratifs, librairie, cafétéria, auditorium…). Tout reste ouvert. Hormis les conférences mais la RMN a mis en place un programme de trois films qui seront diffusés en boucle.

L'exposition se terminera le 2 février après 17 semaines d'ouverture. Si les comptes seront arrêtés après la clôture de l'événement, la RMN table déjà sur un nombre d'entrée supérieur aux 700.000 prévus. "Nous allons dépasser les 750.000 visites", nous a-t-on indiqué à la RMN. Ce qui devrait générer plus d'un million d'euros de bénéfice, selon les chiffres non officiels qui circulent.

Mais bien sûr, quand les affaires marchent, tout le monde veut sa part des recettes. Voilà pourquoi l'exposition Picasso et les maîtres ne restera pas seulement dans les annales comme le plus grand challenge culturel de ces dernières années (210 toiles de maîtres regroupées). Elle est aussi le révélateur de désaccords profonds qui sont désormais jetés sur la place publique.

C'est le fondement même de l'existence de la RMN qui est remis en cause. L'affaire remonte à octobre dernier. Comme l'a révélé Libération, les dirigeants des Musées d'Orsay, du Louvre et Picasso, co-organisateurs de l'exposition Picasso ont adressé une lettre demandant à la Réunion des Musées nationaux, productrice de l'exposition, un "intéressement aux bénéfices" (d'un million d'euros environ). Le musée Picasso, qui aurait perdu 50% de sa fréquentation pendant l'exposition veut 50% des recettes. Les deux autres grands musées, qui ont prêté des toiles, demandaient 15% chacun. Mais c'est bien la RMN qui a financé la totalité de l'exposition et sur laquelle a pesé le risque financier. LVMH a contribué sous forme de mécénat mais refuse d'indiquer le montant de sa participation. Le chiffre qui circule fait état d'un million d'euros. S'il est vrai, quelque 4 millions restent encore à la charge de la RMN.

Pour l'instant, le débat est clos. Ce qui a été négocié demeure, a tranché le ministère de la Culture. En juin 2008, la RMN, productrice de l'événement, et les trois musées co-organisateurs ont signé une convention faisant état des gains de chacun. La RMN, qui verse une redevance annuelle de 750.000 euros pour la programmation et l'exploitation des Galeries nationales du Grand Palais (billetterie, restaurant, boutique…), conserve toutes les recettes de Picasso et les Maîtres hormis les frais engagées pour la production des deux autres expositions, soit 300.000 euros au total. En effet, Picasso et les maîtres se tient en trois lieux: dans les Galeries nationales du Grand Palais, au Musée du Louvre et au Musée d'Orsay. Orsay et le Louvre touchent en outre 25% chacun du prix des billets groupés pour les trois expositions et ce, à la demande expresse de Christine Albanel, ministre de la Culture.

Quant au Musée Picasso, la RMN a financé l'exposition Daniel Buren qui s'y tient jusqu'en mars prochain pour un montant de 340.000 euros.

Cette répartition ne sera pas remise en cause mais les tensions entre la RMN et les grands musées nationaux s'amplifient. Plus les grands musées nationaux gagnent en autonomie, plus ils remettent en cause le rôle de la RMN. Cette dernière se défend en expliquant que les expositions bénéficiaires financent celles, bien plus nombreuses, qui ne marchent pas. Et puis, il existe 33 musées nationaux en France. Si six d'entre eux, les six grands musées parisiens, peuvent effectivement se passer des services de la RMN, les autres n'ont pas en interne les ressources nécessaires à l'organisation et au financement des expositions. Même si la RMN est aussi décriée par les petits qui lui reprochent de conserver tous les bénéfices de chaque exposition.

Les critiques sur la RMN fusent de toutes parts dans les milieux culturels. L'organisme, désormais bénéficiaire après de gros efforts de gestion, fait actuellement l'objet d'un examen par la Cour des comptes. Le dernier, daté de 1997, avertissait déjà sur la détérioration des relations entre les grands musées et la RMN. Les conclusions préliminaires de ce nouveau travail de la Cour des comptes sont attendues pour février prochain. En attendant, tout le monde à un avis sur la nécessité de conserver ou non la Réunion des Musées Nationaux.