Bourse: zone à risque

Jocelyn Jovène

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A quelques jours du cycle de publication des résultats des entreprises du deuxième trimestre, l'humeur des investisseurs est plutôt à l'optimisme mesuré. "La psychologie des investisseurs est aujourd'hui d'attendre un léger mieux: si les résultats du deuxième trimestre sont pires qu'au premier trimestre, on risque une correction en Bourse", observe Pierre Sabatier, de la société de conseil en investissement Primeview.

"On s'attend à de mauvais résultats au deuxième trimestre, à cause de l'environnement économique et une base de comparaison difficile", explique quant à elle Chrysoula Zervoudakis, gérante actions chez AXA IM. "Il est trop tôt pour voir l'impact des plans de relance et ce n'est qu'à partir du second semestre que l'on aura une idée de la profondeur de la crise actuelle. Pour le moment, nous n'avons aucune visibilité", ajoute-t-elle.

La gérante, qui cherche à investir dans des sociétés capables de croître et de générer des flux de trésorerie importants, privilégie les titres plutôt défensifs depuis l'amplification de la crise financière avec la faillite de Lehman Brothers. Parmi les thèmes privilégiés actuellement, elle s'intéresse à plusieurs thèmes -génération d'électricité (Alstom, Schneider, Iberdrola, Air Liquide), protection de l'environnement (Novozymes, First Group), défense, sociétés bénéficiant d'une bonne image-prix (Ahold, H&M, Tesco) ou, celles exposées aux marchés émergents (HSBC, Intertek, LVMH) ou aux changements démographiques (Essilor, Syngenta, Roche).

Rebond technique

Après avoir chuté de 56% à un plus bas en mars dernier, les marchés ont fortement rebondi, dans une phase de rebond technique. "Mais ce rebond a été confirmé par une amélioration du point de vue des analystes par rapport aux résultats", explique Pierre Sabatier. "La phase de révision baissière des bénéfice par action touche à sa fin", observent les gérants de Crédit Agricole Asset Management. La hausse des Bourses reflète un soulagement, le marché estimant que le pire de la crise est passé.

Cependant, ce rebond s'est fait dans des volumes peu étoffés. "Beaucoup de monde est resté sur le côté du marché", ajoute Pierre Sabatier, ce qui peut expliquer l'attentisme actuel des investisseurs.

D'autres intervenants sont plus optimistes. Alain Bokobza, stratégiste à la Société Générale, estime qu'une sortie de crise se fera dès le troisième trimestre et qu'il est donc pertinent d'être exposé aux actifs risqués -actions européennes, petites et moyennes capitalisations, titres de crédit, gestion alternative. La banque estime que l'indice CAC 40 pourrait atteindre 3.500 points d'ici la fin de l'année, contre 3.092 points actuellement.

Au-delà, de nombreux investisseurs ont intégré le scénario d'une reprise molle de l'économie mondiale, note Alain Bokobza. Les actions restent relativement peu chères si l'on prend une perspective historique très longue. Et une baisse de la volatilité pourrait inciter davantage d'investisseurs, sortis précipitamment du marché après la faillite de Lehman, à revenir vers les actifs risqués.