Les exigences du parlement européen envers Barroso

D.H. avec AFP

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Devant les nouveaux élus réunis à Strasbourg, le conservateur portugais José Manuel Barroso a défendu son bilan, face à ceux qui l'accusent d'avoir réagi tardivement à la crise, de changer d'avis au gré des modes ou de se laisser dicter sa conduite par les grands Etats. "La Commission européenne fait tout ce qu'elle peut" pour juguler la crise économique, a-t-il plaidé.

Pas les Etats-Unis

"Je partage votre approche sur la nécessité d'avoir un plan (de relance) européen plus coordonné", mais "nous ne sommes pas les Etats-Unis d'Amérique", a-t-il ajouté, regrettant aussi de ne pas jouir de suffisamment de reconnaissance "pour le travail accompli" par ses soins en faveur de la protection du climat.

Soutenu par les 27

L'ancien chef du gouvernement portugais, candidat à sa propre succession et pour l'instant sans rival, est soutenu par les 27 gouvernement de l'UE. Mais le Parlement doit le confirmer, en principe lors de sa prochaine plénière à la mi-septembre, via un vote à la majorité simple des députés présents. Sa famille conservatrice ne l'atteint pas à elle seule et veut trouver des alliés du côté des socialistes et libéraux.

Programme politique détaillé

José Manuel Barroso souhaitait être adoubé dès le mois de juillet. Mais une majorité d'élus ont refusé d'accéder à sa demande, cherchant ainsi à affirmer leur pouvoir. Pour emporter leurs suffrages en septembre, ils lui ont demandé de coucher noir sur blanc un programme politique détaillé.

Le chef de file des Libéraux, le Belge Guy Verhofstadt, qui dût renoncer en 2004 à la tête de l'exécutif européen au profit de José Manuel Barroso, a présenté mercredi ses exigences. Le Portugais devra intégrer cinq priorités, dont la construction d'un plan de relance "unique" de l'UE pour lutter contre la crise économique. Il veut aussi la création d'un portefeuille de commissaire pour la lutte contre la discrimination. "Nous demandons un changement d'attitude", a-t-il insisté.

Les socialistes sont encore plus critiques et réclament davantage d'accent social. "Je crains que ce candidat n'aura pas une majorité au Parlement", a lancé mercredi leur chef de file Martin Schultz.

Eté chaud

Selon le président du groupe conservateur, Joseph Daul, les trois principaux groupes du Parlement --la droite non eurosceptique, les socialistes et les libéraux- se sont mis d'accord pour organiser dès septembre un vote sur José Manuel Barroso. Mais le co-président des Verts Daniel Cohn-Bendit a affirmé à l'AFP que rien n'était acquis et que José Manuel Barroso allait "passer un été chaud". Il cherche depuis des semaines à constituer un front du refus dans l'espoir de faire émerger un candidat rival.

Avant référendum irlandais

Sur le calendrier, les Verts jugent "aberrant" d'organiser un vote avant le nouveau référendum irlandais sur le traité de Lisbonne prévu le 2 octobre. Car, en cas de ratification, ce texte doit réformer le mode de fonctionnement de l'exécutif européen. Pour entrer en vigueur, le traité censé faire fonctionner l'UE plus efficacement, devra être validé par tous les pays de l'UE, ce qui n'est pas encore le cas non seulement en Irlande, mais aussi en Allemagne, en Pologne et en République tchèque. Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, qui préside l'UE jusqu'à fin 2009, espère que cela sera chose faite d'ici là. José Manuel Barroso pousse aussi pour aller vite: "On ne devrait pas mettre maintenant la Commission en suspens", a-t-il dit.