Hadopi ne sauvera pas la musique

Propos recueillis par Guillaume Guichard

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Les derniers chiffres du marché français de la musique sont catastrophiques. Les majors et les labels indépendants comptent sur la loi Hadopi pour redresser la barre.

Aura-t-elle l'effet espéré? Pas sûr. En Suède, les ventes n'ont pas décollé après la mise en place d'une loi contre le piratage en avril. Explications avec Jonas Sjöström, président de la SOM, association suédoise des producteurs de musique indépendants.

Quel effet la loi anti-piratage a-t-elle eu sur les ventes de musique?

Jonas Sjöström: La promulgation de la loi est une chose, son application en est une autre. Nous attendons toujours des décisions de justice afin de constituer une jurisprudence. Mais nous sommes sur la bonne voie. Le trafic Internet total a chuté de 30% en Suède le mois suivant la promulgation de la loi. Apparemment, les internautes se sont mis à réfléchir à deux fois avant de télécharger.

Pour autant, cela ne semble pas avoir eu d'effet important sur les ventes. Quelques grandes majors, grâce à leur immense catalogue, ont connu un regain de leur activité, mais chez les indépendants, nous n'avons pas observé de reprise.

Pas même du côté des ventes en ligne?

Certes, nous avons observé une augmentation de 78% des ventes de musique sur support numérique. Mais les volumes sont tellement bas que cela ne représente pas grand-chose. En 2008, les ventes de fichiers musicaux ne représentaient que 5 à 6% du marché de la musique. Aux Etats-Unis, ce rapport s'élève à 20% et au Royaume-Uni, à 15%.

Et puis, la hausse des ventes en ligne s'explique surtout par le succès de services en ligne légaux comme Spotify.

Car c'est plutôt là que se situe l'effet positif de la loi: elle permet de protéger à l'avenir ceux qui développent des offres légales, face à la concurrence déloyale des pirates. Les investisseurs rechigneront moins à financer ces start-up dorénavant. Nous avons besoin de plus d'offres afin d'encourager la concurrence sur ce marché.

D'après les chiffres de Netnod, le trafic Internet est remonté ces derniers mois. Craignez-vous un retour du piratage?

Cette hausse du trafic n'est probablement pas due à un regain du partage illégal de fichiers. D'après l'industrie du film, elle illustre le succès des services de location de films en ligne. Ces offres légales ont véritablement explosé après la mise en place de la loi.

Il semble d'ailleurs que l'industrie du film a plus profité de cette loi que nous. Ce n'est pas étonnant: la musique est bien plus facile à pirater qu'un film. Une chanson se télécharge beaucoup plus rapidement, et les problèmes de qualité du fichier se posent beaucoup moins.

Dans quel état se trouve l'industrie musicale suédoise?

Le marché génère 250 millions d'euros de chiffre d'affaires par an (contre 600 millions d'euros en France). Les exportations de groupes suédois représentent une grande partie de nos revenus, l'industrie musicale est très importante pour la Suède. Mais beaucoup d'artistes et de producteurs rencontrent de vrais problèmes de financement. Un exemple concret: nous tournons beaucoup moins de clips vidéo.

Comme la Suède a développé très tôt le réseau Internet, nous souffrons des effets du piratage des œuvres depuis plus longtemps que d'autres.

Et nous, industrie de la musique, avons réagi trop tard. La stratégie de protection des fichiers musicaux avec les DRM (système de gestion des droits d'auteur empêchant la copie, ndlr) était une erreur. Les systèmes de protection mis en place sont tous désamorcés.

Au lieu de cela, nous aurions dû développer bien plus tôt des offres légales comme Spotify. Maintenant, la jeune génération a pris de mauvaises habitudes qu'il nous est très dur de combattre.