Ce que Rafale rapportera à Dassault

Guillaume Guichard

— 

Une bouffée d'air frais. La décision de principe de Brasilia de commander 36 avions de chasse français soulage Dassault Aviation. Même si rien n'est encore signé, la perspective de cette bonne nouvelle a fait flamber la Bourse. En effet, le titre Dassault Aviation a déjà bondi de 12% depuis une semaine, les analystes supputant l'imminence de l'annonce. C'était "un secret de polichinelle", remarquent des analystes. L'action cotait à 508 euros en milieu de journée ce mardi.

Année noire

Jusqu'à présent, 2009 a été une année noire pour le groupe aéronautique subissant les turbulences de la crise financière. Spécialisé dans les avions d'affaires (Falcon) et militaire (Rafale), Dassault Aviation a même enregistré un montant des commandes négatif (-1,13 Milliard d'euros) au premier semestre du fait de l'annulation en série de la part des clients du Falcon.

Son activité défense ne s'est guère mieux portée. Les chaînes de production du Rafale, dont seule l'Armée de l'Air a voulu jusqu'à présent, ne produisent en effet qu'un seul appareil par mois, le minimum en termes de rentabilité ainsi que pour assurer la survie du tissu de sous-traitants.

La commande brésilienne va donc relancer le tissu industriel dépendant du Rafale. Selon les estimations, Dassault Aviation peut assembler 2 à 3 appareils par mois -en plus de celui qu'il assemble pour l'armée de l'Air française. En tout, la commande brésilienne, si elle est bien signée en 2010, pourrait occuper les usines Dassault durant 3-4 ans. Et si les 36 avions sont effectivement assemblés en France.

Transferts de compétences

Car, limite du contrat en cours de négociation, les Brésiliens veulent développer fortement les transferts de compétences. Lula da Silva, le président du Brésil, a fait comprendre que ce point est essentiel aux yeux de son pays. A terme, le Brésil veut construire lui-même ses Rafales, voire les exporter en Amérique latine. L'Elysée a précisé que les six premiers appareils seront construits entièrement en France et que graduellement la technologie serait transférée pour permettre aux Brésiliens d'assembler les autres avions. C'est peu. Mais nul doute que Dassault monnaiera cher ces transferts de compétence.

5 milliards pour qui?

Parlons argent. Combien cette commande rapportera-t-elle à Dassault? Difficile à dire. D'abord, le contrat n'est pas signé, donc son montant n'est pas arrêté. L'Elysée mentionne une somme de 5 milliards d'euros.

Mais que recouvre ce chiffre? Un Rafale vaut en effet environ 40 millions d'euros "nu", c'est-à-dire sans équipement ni option. Or, 5 milliards divisé par le nombre d'appareil souhaités (36), cela donne le double. Il va donc falloir attendre la fin des négociations pour savoir ce que la somme indicative inclut.

Il ne faut pas non plus s'attendre à ce qu'un gros chèque brésilien fasse décoller les résultats 2009 de Dassault Aviation. Il ne s'agit que d'une intention d'achat, donc pas un seul centime n'a été versé pour l'instant.

Suivant les délais observés habituellement dans l'industrie, le contrat ne devrait pas être signé avant 2010. Dans ce cas, le Brésil devrait verser l'année prochaine un premier acompte lors de la signature. Son montant est défini lors des négociations. Les autres versements devraient avoir lieu lors des livraisons d'appareil.

Thales et Safran dans le coup

La vente du Rafale au Brésil, s'il elle est confirmée, ne profitera de toute façon pas seulement à Dassault Aviation. Traditionnellement, 60% du montant de ce type de commande revient à l'avionneur, le reste étant partagé entre Thales (20%) et Safran (20%). Le premier, détenu à hauteur de 20,8% par Dassault, s'occupe en effet de l'avionique et le second des moteurs.

La commande brésilienne pourrait constituer "un booster d’activités considérable pour les industriels de la défense", indiquent les analystes du CM-CIC Securities dans une note. Mais le contrat brésilien ne sera pas forcément le premier pas du Rafale à l'export. Dasault Aviation est en effet en négociations avancées Emirats Arabes Unis.ces derniers veulent remplacer... 60 Mirage 2000.