"Nouvelle régulation" du marché du lait?

CV avec AFP

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La crise du lait n'est pas terminée
. Les ministres de l'Agriculture de vingt pays européens, emmenés par la France et l'Allemagne, ont de nouveau réclamé ce lundi 5 octobre à Bruxelles la mise en place d'une "nouvelle régulation" sur le marché du lait,
avant une réunion de l'Union européenne sur le sujet
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"Nous sommes tous (les vingt) d'accord, sans aucune d'ambiguité, pour construire une nouvelle régulation européenne du marché du lait en remplacement du système des quotas", a affirmé le ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire, à l'issue d'une réunion.

Pour autant, la Commission demeure sceptique. La Commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, a émis des doutes sur la capacité des pays de l'Union européenne à s'entendre sur une régulation des niveaux de production et des prix du lait, malgré les demandes insistantes des agriculteurs. "Je ne suis pas sûre que l'idée d'un marché régulé par la Commission sur le niveau de production et sur les prix soit soutenue" par les gouvernements européens, a-t-elle souligné à son arrivée à une réunion extraordinaire des ministres de l'Agriculture de l'UE à Bruxelles.

Plus d'argent

Appelée à commenter la demande de la ministre allemande de l'Agriculture, Ilse Aigner, qui a estimé qu'il fallait "plus d'argent de l'UE pour mettre en place un programme conjoncturel en faveur des producteurs laitiers", Mme Fischer Boel a aussi douté que les gouvernements européens soient prêts à mettre la main à la poche.

"Je ne suis pas sûr que les ministres des Finances partagent cette opinion. Nous dépensons 5 milliards d'euros aujourd'hui pour augmenter le prix du lait de 3,5 centimes/litre", a-t-elle souligné devant la presse. "Mais merci, si les Etats membres sont prêts à me donner cet argent, je ferai certainement attention à ce qu'il soit distribué de façon équitable", a-t-elle ironisé.

Les vingt Etats, réunis à l'initiative de Paris et Berlin, souhaitent que les relations entre producteurs et industriels soit plus équilibrée, alors qu'aujourd'hui les agriculteurs se plaignent des "diktats" de l'industrie agro-alimentaire dans la fixation des prix.

"Ce qui est nouveau, c'est qu'une majorité qualifiée de pays (de l'UE) sont maintenant favorables à une régulation du marché", s'est félicitée la ministre belge de l'agriculture, Sabine Laruelle.

Majorité qualifiée

Outre la France, l'Allemagne et la Belgique, le groupe des vingt pays favorables à la régulation du marché du lait comprend notamment l'Italie, la Pologne et l'Espagne. Ces pays représentent une "majorité qualifiée" au sein de l'UE, de nature à forcer la Commission européenne à présenter des propositions.

Dans un communiqué conjoint, ce "G20" laitier a affirmé vouloir "donner aux producteurs les moyens légaux de s'organiser efficacement" face aux autres acteurs du marché, tels que les industriels. Il a souhaité "rendre les instruments de marché (les subventions) plus efficaces et plus réactifs". Le retour des quotas de production, demandé par une bonne partie des agriculteurs, n'a pas été en revanche à l'ordre du jour de la réunion.

"Le cap politique de l'Europe sur le marché du lait doit être la régulation et pas autre chose", a martelé Bruno Le Maire qui a estimé que le secteur du lait est un des secteurs "d'excellence" de l'agriculture. "Il faut de la régulation. Ce n'est pas le marché qui, seul, nous permettra de parvenir à cet objectif", a ajouté le ministre français. "Il ne faut pas laisser le marché démanteler ce qui est un atout pour l'Europe", a-t-il plaidé.