Coût de la dette: 2.000 euros par actif

Thibaud Vadjoux

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Le creusement des déficits, explique le gouvernement, est nécessaire en temps de grave récession car une rigidité dans la dépense publique entraînerait des coûts encore plus importants dans le futur et un retour moins rapide de la croissance. Vivre au-dessus de ses moyens n'est pas illogique pour un Etat, cela est même recommandé en période de difficultés à condition que les caisses se remplissent en temps de croissance. Or, la France n'a pas constitué suffisamment de réserves avant la crise. C'était le sens du "les caisses sont vides" du chef de l'Etat.

Aujourd'hui, la seule possibilité est donc l'endettement. Mais s'endetter comporte un coût que connaissent tous les ménages, ce sont les intérêts à payer chaque année. Depuis 2007, le service de la dette repart à la hausse, "réduisant d’autant les marges de manœuvre de la politique budgétaire", pointe la Cour des comptes dans son récent rapport sur les finances publiques et leurs perspectives. Cette charge financière de la dette avait pourtant eu tendance à baisser grâce à une évolution favorable des taux d'intérêt les années passées.

2.000 euros par actif

En 2008, la charge financière de la dette publique (Etat, collectivité, Sécu) a progressé de 7,3 % par rapport à 2007. Elle a atteint 55 milliards d'euros, soit 1.950 euros par actif ou 850 euros par habitant, ont calculé les magistrats de l'institution (ce sont seulement les intérêts à payer, sans compter le capital à rembourser). Cette charge qui représente 2,8% du PIB en 2008, "dépasse les crédits des missions défense et sécurité (53 milliards d'euros) ou le produit de l’impôt sur le revenu (52 milliards)", rappelle la Cour. Le service de la dette (le paiement des intérêts) constitue le deuxième poste de dépense de l'Etat dans son budget juste derrière l'Education.

La hausse de cette charge financière n'a pas été provoquée par une progression des taux d'intérêt. Au contraire, pour l'Etat, les conditions de financement sur les marchés financiers étaient bonnes et stables: "le taux d’intérêt apparent (4,3 %) n’a en effet quasiment pas varié. Les taux des obligations d’Etat à 10 ans sont restés à 4,2 % et ceux des bons du trésor à 2 ans sont passés de 4,1% à 3,7 % de 2007 à 2008 en moyenne annuelle", précise la Cour des comptes.

Boule de neige

L'explication est donc à chercher du côté du volume, de plus en plus important, de cette dette "boule de neige". Plus elle grossit et plus le cumul des intérêts progressent. A la fin 2008, le stock de la dette s'élevait déjà à 1.327 milliards d'euros soit 68,1 % du PIB contre 63,8%, deux ans plus tôt. Cette masse représente 20.600 euros par habitant et 47.400 euros par actif. Les finances publiques entrent dans une zone rouge, alerte la Cour des comptes. Et on ne pourra pas compter sur le retour de la croissance. Elle restera inférieure à la croissance dette.

Le pire est sans doute devant nous. Pour 2009, la Cour des comptes prévoit que la dette publique dépassera 75 % du PIB. "A plus long terme, si rien n’est fait pour l’arrêter, la dette pourrait s’emballer et ces charges devenir bien plus lourdes", prévient-elle.

Si la dette atteint 90 % du PIB en 2012, la charge de la dette pourrait atteindre 3,7 % du PIB. A taux d’intérêt moyen constant, cela représente 750 euros par actif de plus qu’en 2008. Et si l'on regarde encore plus loin, "avec un taux d'intérêt de 4,0 %, la charge d’intérêt serait portée à 4,0 % du PIB en 2018 et à 8,0 % avant 2040. Presque 20 % des prélèvements obligatoires serviraient alors à payer ces intérêts, soit plus que le produit de la TVA", projette la Cour des comptes. La conclusion est simple: augmenter les prélèvements obligatoires est "inévitable".