Les particuliers, planche de salut des PME

Jocelyn Jovène

— 

"Madame Michu" a de nouveau la cote. Longtemps dénigrés par les spécialistes de l'investissement dans le non coté qui préféraient investir l'argent d'investisseurs institutionnels comme les grands fonds de pension ou les compagnies d'assurance, les particuliers sont devenus une source non négligeable de financement pour les petites et moyennes entreprises (PME).

3 milliards d'euros de fonds propres ont été levés en 2008 et sont prêts à être investis dans le non coté, selon Olivier Goy, président du directoire de 123Venture, société de capital investissement implantée depuis 2001 sur le créneau des particuliers. Si l'exercice est très contraignant -le capital est bloqué pendant 5 à 8 ans- cet afflux d'argent frais est une vraie aubaine pour les PME. Car avec la crise financière, les investisseurs institutionnels se font plus discrets, voire ont tout simplement disparu. "Les particuliers sont devenus une mamelle indispensable au non coté en France", affirme Olivier Goy.

Le sujet a son importance: les PME tirent 37% de leurs ressources de l'argent de leurs actionnaires, selon des statistiques anciennes de la Commission européenne citées dans un rapport du conseil d'analyse économique sur le sujet (rapport signé par Grégoire Chertok, Pierre-Alain de Malleray et Philippe Pouletty).

Pour les particuliers, il est possible d'investir des sommes très modestes, à partir de 100 euros, dans des PME. Pour ce faire, ils disposent de plusieurs supports (FCPR, FCPI, FIP, holding ISF, gestion sous mandat). Ce type de placement a en outre reçu un coup de pouce fiscal pour les ménages les plus aisés. Les contribuables assujettis à l'ISF peuvent déduire 75% des fonds investis dans des PME de leur impôt. A ce jour, seuls 50.000 personnes sur 500.000 redevables ont fait la démarche, alors que les dossiers doivent être bouclés avant le 15 mai pour être validés au moment du paiement de l'ISF, un mois plus tard.

Mais là encore, il faudra du temps pour que cet argent s'investisse rapidement. A court terme, la principale difficulté pour les spécialistes du capital-investissement est de trouver du crédit auprès des banques. Ces dernières sont beaucoup plus regardantes sur la qualité des dossiers retenus et réduisent comme peau de chagrin leurs mises de fonds. Ensuite, les fonds de "private equity" qui n'ont pas de contrainte de recherche d'argent auprès des investisseurs peuvent se donner le temps de patienter d'une conjoncture meilleure. Car jusqu'à il y a quelques mois, les positions des acheteurs (private equity) et des vendeurs (entrepreneurs) sur les conditions d'entrée au capital étaient diamétralement opposée.

La crise faisant son œuvre, les points de vue ont tendance à se rapprocher progressivement, et les prix des transactions redeviennent raisonnables, observe Olivier Goy. Un point de vue partagé par d'autres spécialistes du capital-investissement. L'argent de "Madame Michu" va bientôt pouvoir se mettre au travail et financer utilement la croissance de l'économie.