Le Royaume-Uni s'enfonce dans la récession

Jocelyn Jovène

— 

L'union Jack n'a plus trop le vent en poupe. La récession de l'économie britannique devrait même être l'une des plus violentes depuis la fin des années 1970. C'est en tout cas ce qu'a reconnu le 5 avril dernier Alistair Darling, le chancelier de l'Echiquier (équivalent de notre ministre des Finances). "Je pense qu'il faudra attendre la fin de l'année, ou le début de l'année prochaine, avant qu'on ne commence à voir la croissance ici", a-t-il déclaré.

Les propos du ministre ne font que confirmer l'opinion générale. Le consensus des économistes anticipe sur une contraction du PIB britannique de 3,2% cette année, après une progression de 0,7% en 2008. "Les mouvements de contraction [du PIB au Royaume-Uni] du milieu des années 1970, du début des années 1980 et du début des années 1990 ont toutes été des expériences traumatisantes, d'une durée comprise entre 5 et 9 trimestres", rappellent Stephen King et Stuart Green, économistes chez HSBC.

Deux phénomènes expliquent la violence de la crise actuelle: l'effondrement de l'industrie des services financiers, dont le poids dans l'économie a fortement augmenté ces dernières années, et l'envolée de l'endettement des ménages qui a alimenté une bulle immobilière. Entre 2001 et 2007, le poids des services financiers dans le PIB britannique est passé de 5,5% à "plus de 10%" selon BNP Paribas. Dans le même temps, le taux d'endettement des ménages a atteint 186% de leur revenu disponible ce qui a totalement freiné la consommation. Et avec la chute des prix de l'immobilier (-20% constatée en février 2009 par rapport à février 2008), il est difficile pour les ménages de réduire leur endettement.

La crise des subprimes, que l'on pensait cantonnée aux Etats-Unis mi-2007, était également en gestation dans les bilans des banques européennes et notamment britanniques. Certaines d'entre elles comme Royal Bank of Scotland, après avoir alimenté en prêts leurs clients, ont en outre procédé à de coûteuses acquisitions. Le gel des marchés financiers à partir de l'automne 2008 a créé une contrainte de financement pour de nombreuses banques, qui ont été obligées de fusionner (Lloyds-HBOS), de lever des capitaux sur les marchés (Barclays, HSBC) ou de se faire nationaliser (RBS, Lloyds Banking Group).

Depuis l'automne 2008, le gouvernement britannique a décidé toute une série de mesures de relance, mais ces dernières mettront du temps à avoir un impact sur l'économie réelle. De même, les baisses de taux de la Banque d'Angleterre et les autres mesures de soutien au système bancaire n'ont pas encore permis de relancer les prêts à l'économie. "Même si les indicateurs économiques se situent à des niveaux historiquement bas, ils ne donnent aucun signe de stabilisation", écrivait Raymond Van der Putten, économiste chez BNP Paribas, dans son dernier point de conjoncture.

La détérioration de la situation économique du pays fait d'ailleurs craindre un appel à l'aide au Fonds monétaire international. Certains gérants estiment en outre que compte tenu du poids des banques dans l'économie, les nationalisations d'établissements et les mesures de garanties de leurs bilans provoquent un transfert des risques du système bancaire vers l'Etat, ce qui pourrait conduire à une mise sous surveillance, voire une dégradation de la note souveraine du Royaume-Uni par les agences de notation. Dans un tel contexte, une solution pour le pays serait alors de rejoindre la zone euro…

Tout n'est pas noir pour autant. L'économie britannique a souvent fait preuve d'une grande capacité d'adaptation, comme aux Etats-Unis. En outre, la situation budgétaire du Royaume-Uni n'est pas aussi alarmante qu'en Europe. La dette publique ne représentait que 50% du PIB en 2008, et le régime des retraites est pour l'essentiel privatisé. Les autorités tablent néanmoins sur une forte augmentation des déficits, qui devraient atteindre 80% du PIB d'ici 2012.

Le Royaume-Uni devrait en outre profiter de la chute de livre sterling par rapport à l'euro, certains économistes tablant sur une parité d'échange de 0,75 livre pour 1 euro d'ici la fin de 2012… Une telle situation constituerait un avantage compétitif non négligeable, mais risque de provoquer de vifs débats entre l'Union Jack et ses partenaires européens.

Pour les mois à venir, le principal sujet d'inquiétude pour les économistes est l'évolution du taux de chômage. Avec 2 millions de chômeurs, le Royaume-Uni a retrouvé l'un des plus haut niveau de chômage depuis 1997.