Les banques contraintes de recevoir l’aide du Trésor

Julien Beauvieux

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Après les pressions sur le management de Bank of America, les banques américaines ont-elles été forcées d'accepter l'aide de l'Etat? C'est qu'affirme l'institut de recherche Judicial Watch. Au cours d'une réunion avec les directeurs généraux des principales banques de Wall Street à l'automne dernier, l'ancien secrétaire au Trésor Henry Paulson affirmait: "nous ne pensons pas que la ligne consistant à nous désengager soit défendable, car cela vous laisserait trop exposés et vulnérables". Ces propos sont relatés dans un document obtenu par l'institut.

"Si une injection de capitaux n'est pas lancée, vous devez savoir que votre régulateur pourra l'exiger à tout moment", ajoute le texte, obtenu par l'institut grâce au Freedom of Information Act, une loi américaine en faveur de la liberté d'information des citoyens américains. L'institut ajoute que "ces documents montrent que notre gouvernement à exercer son pouvoir sans aucune limite sur le secteur privé".

La réunion en question s'est tenue le lundi 13 octobre dernier, un jour avant l'annonce officielle par les autorités américaines qu'elles allaient entrer au capital des grandes banques de Wall Street via l'achat d'actions préférentielles. Dans le cadre de son programme TARP, le gouvernement américain a finalement injecté dans un premier temps 250 milliards de dollars dans les banques, assurances et sociétés financières du pays.

Le Trésor américain, qui avait obtenu des parlementaires une enveloppe de 700 milliards de dollars, votée le 3 octobre 2008, avait un temps envisagé de simplement racheter les actifs toxiques qui plombaient les comptes des établissements américains. Mais face aux difficultés concrètes de mise en oeuvre d'une telle politique, il avait finalement décidé de suivre le Royaume-Uni et d'entrer directement au capital des banques. La piste du rachat des actifs toxiques a néanmoins été reprise en février dernier par Timothy Geithner, actuel secrétaire au Trésor et ancien président de la Réserve fédérale de New-York, dans un second plan de sauvetage bancaire.

Outre Henry Paulson, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, Sheila Bair, la présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), chargée de garantir les dépôts bancaires, et Timothy Geithner ont également assisté aux négociations avec les dirigeants des banques américaines. Les points soulevés par ce dernier n'ont cependant pas été divulgués par le Trésor, précise Judicial Watch.

Côté banques, étaient présents Kenneth Lewis (Bank of America), Vikram Pandit (Citigroup), Lloyd Blankfein (Goldman Sachs), Jamie Dimon (JPMorgan), John Thain (Merrill Lynch), John Mack (Morgan Stanley), Robert Kelly (Bank of New York Mellon), Ronald Logue (State Street) et Richard Kovacevich (Wells Fargo).

Les dirigeants ont finalement signé à la main un document avec le nom de leur établissement et un montant d'actions préférentielles à émettre au profit du gouvernement. En échange, les autorités se seraient engagées à calmer les rumeurs de nationalisations par voie de relations publiques, indique un email incorporé dans les documents obtenus par Judicial Watch.